Le samedi 13 octobre, le parc Hoche et l’Ampérage accueillaient une grande fête pour célébrer une naissance : celle du collectif Résonance. L’union d’une quinzaine d’assos qui font vivre l’électro à Grenoble. Pourquoi se réunir sous un même étendard ? Qu’attendre de ce ménage à quinze ? Réponse avec les parents du nouveau bébé.

 

Les premiers teufeurs commencent à se rassembler dans le parc Hoche. Les basses résonnent et la bière coule à flots. Cette « chill-session », c’est un peu la fête prénatale pour annoncer la naissance de Résonance. En guise de faire-parts, des flyers noirs et blancs qui indiquent sobrement « Collectif d’acteurs grenoblois des musiques électroniques ». Un collectif qui réunit pas moins de quatorze structures et associations bien connues des Grenoblois.es : l’Ampérage, Hadra, The Dare Night, ADN (Arts et Distorsions Numériques), Roots n’ Culture, Carton-Pâte Records, Bass Jump, Infrason, Welcome Productions, Noize, la Métamorphose, LGNE – Les Gros Nazes Évolution, Eddy Rumas Entertainements et Nymphony Records. Sacrée famille.

 

Les EP de chaque assos étaient disponibles sous un même stand, celui de Résonance

Dans Résonance il y a « réseau ». Il y a aussi « nance » mais ça on s’en fout. Si ces trublions de l’électro grenobloise ont décidé de créer un Club des Cinq (ou plutôt des quatorze), c’est avant tout pour consolider les liens déjà existants dans ce réseau associatif. « L’idée du collectif c’est surtout dans un premier temps de mutualiser les moyens. L’événementiel ça entraîne toujours des galères de dernière minute et jusqu’à présent en cas de problème on passait tous par nos réseaux persos. Maintenant on va pouvoir passer par le réseau Résonance », explique Matis Alves de l’association The Dare Night.

 

La Clé de sol comme clé de voûte

L’idée de former un collectif ne sort pas de nulle part. Ce n’est pas un hasard si son lancement a d’ailleurs eu lieu au parc Hoche, à côté de la Clé de sol. Jusqu’à récemment, c’est Hadra qui était en charge de la gestion du lieu, qui hébergeait plusieurs groupes et associations de musique locales. En novembre 2017, la ville de Grenoble lance un appel à projet pour savoir à qui confier la gestion du bâtiment. C’est finalement MixLab, qui gère également la Belle Électrique, qui récupère le bébé.

C’est donc pour éviter de subir le même sort que d’autres groupes que les assos électro se sont réunies. De là est née l’idée d’un collectif, pour candidater à l’appel à projet. Même si c’est bien MixLab qui a a obtenu la gestion des lieux, une convention d’hébergement a pu être signée avec Résonance. Les assos électro peuvent donc, par ce biais, rester à la Clé de sol. « On s’est beaucoup posé la question du bâtiment. On s’est dit que c’était l’occasion de créer quelque chose autour des musiques électroniques qui manquent de visibilité institutionnelle et médiatique. On ne savait pas si des gens répondraient à l’appel mais l’impulsion créatrice s’est faite collectivement », résume Émilie Angénieux, membre de Hadra.

 

Une asso pour les gouverner tous ?

La naissance du collectif signifie-t-elle la disparition des autres associations ? Non, fort heureusement. Chaque structure qui forme Résonance continue d’exister indépendamment. Et reste maître de ses décisions. « Résonance est une association de personnes morales », détaille Clément Bastiat, président de Hadra. « C’est une sorte de fédération mais on ne peut pas l’appeler comme ça. C’est une asso d’assos. »

 

collectif résonance grenoble 2018

Le membres du collectif Résonance © Collectif Résonance

On imagine que réunir une quinzaine d’associations autour d’une table n’a pas dû être une mince affaire. Et vu les sourires que l’évocation de cette problématique dessine sur les mines des responsables, on se dit que l’on a pas tort. « Il a fallu trouver des créneaux qui convenaient à chacun, définir ce que les assos pouvaient apporter au collectif et ce dont elles avaient besoin. On a donc fait beaucoup de tours de table et de concertations mais avec le temps ça s’est fait assez bien », rassure Robin Parmentier, président de Welcome.

 

Résonance : la grande famille de l’électro

Comme dans toutes les familles (non-consanguines), les membres de Résonance ne font pas tous la même taille. Seule association à avoir des salariés et un festival à son nom, Hadra a un peu des allures de « grand frère ». Pour autant, ça ne lui donne pas plus de pouvoir de décision, rassure son président Clément Bastiat : « Peu importe la taille, on a une voix par structure. » Elle contribue en revanche de façon plus importante aux finances du collectif. « L’adhésion à Résonance dépend du compte de résultat de chaque association. Une structure comme Hadra qui a des budgets plus importants a donc une adhésion plus importante, afin d’assurer une équité », ajoute Émilie Angénieux.

 

« Hadra n’a pas vocation à porter le collectif, sinon ça n’aurait pas de sens » – Émilie Angénieux, Hadra.

 

Comme dans toutes les familles, il peut y avoir des querelles. Beaucoup des membres de Résonance se connaissent de vue. Certains ont même déjà collaboré ensemble pour des soirées ou des projets. Avec succès… ou pas.  » L’événementiel n’est pas très bien réputé lorsqu’on commence à parler d’argent. J’ai eu des vécus de travail difficile avec certaines personnes », admet Robin Parmentier.

 

collectif resonance grenoble - electro grenoble

Le « Liberté-Égalité-Fraternité » version Résonance © Nicolas Joly

Les inimitiés personnelles risquent-elles de se mettre en travers du projet ? Pour le président de Welcome, c’est plutôt l’inverse : « Le fait de travailler dans un contexte différent peut justement changer les choses. Les gens qui vont collaborer au sein du collectif, ce ne sont pas des personnes avec qui on va travailler sur un événement. Il n’y aura pas de concurrence. C’est intéressant de pouvoir découvrir ces gens et comment ils sont dans ce nouveau contexte. Ça fait relativiser beaucoup de choses. La synergie se crée collectivement. »

 

Nous l’avons compris, Résonance est un projet en pleine structuration. L’association sera bientôt créée, et en plus de soirées collectives, des chantiers de formation et d’accompagnement artistique seront mis en place par ce beau petit monde.

De notre côté, on attend avec impatience la prochaine soirée du collectif, pour voir à quel point la synergie peut se transformer en énergie…