Vendredi 25 mai, La Métamorphose s’empare de l’Ampérage pour une soirée techno au line-up 100% féminin. Féministe non revendiquée mais pro électro de qualité, l’association entend valoriser avant tout des artistes pointu.e.s aux styles affirmés. L’occasion pour Music’n’Gre d’en savoir un peu plus sur cette association créée en 2009 et sa mue. Rencontre avec Jonathan Battandier, membre fondateur et actuel président de l’association, et Marion, membre du conseil d’administration.

 
A la Méta [Métamorphose ndlr], on ne badine pas avec l’électro, encore moins avec la techno! Créée en 2009 par un groupe « d’amis proches » et de «membres de la même famille », l’association au nom kafkaïen entend « proposer des évènements de musiques actuelles […] accessibles » et permettant « une certaine transversalité artistique » assure Marion, membre du conseil d’administration.

 

HBT et KLI.M lors de La Metatek en 2016 © La Métamorphose


 
« A la base on voulait mélanger différentes formes d’expressions artistiques. Il y avait des gens qui étaient plus sur la photo, d’autres qui étaient des très gros cinéphiles et pas mal de gens intéressés par la musique. » renchérit Jonathan Battandier, membre fondateur et actuel président de l’association.

Objectif réussi, à partir de 2010 l’association organise le festival Lumières sur la Bastille, un évènement avec une identité propre : « On essayait de mettre du mapping, de la décoration et vraiment investir la Bastille et proposer quelque chose qui parlait à plus que juste un public restreint » affirme Marion.

 

Lumières sur la Bastille © La Métamorphose


 
D’où un format « deux soirs de concerts et deux jours avec des animations gratuites pour les enfants dans la journée ». Mais faute de soutien de la municipalité et pour des questions de sécurité, le projet s’arrête après trois éditions.

 

« Développer des esthétiques variées »

Aujourd’hui l’objectif n’a pas changé et l’association a su s’adapter pour continuer de proposer des évènements originaux. « Depuis qu’on avait plus la Bastille, on cherchait un site autour de Grenoble pour refaire un peu le même concept qu’on avait […] mais on n’a jamais trouvé un site pour faire quelque chose d’équivalent. Donc on s’est rapatrié dans les salles à Grenoble » sourit Jonathan Battandier. Et d’ajouter : « On s’est dit qu’on allait faire un festival de ville ».

 

Dysmorphia #1 © La Métamorphose


 
Ainsi naquit Dysmorphia, en 2017, avec cette « volonté de remonter un évènement un peu fort », « changer des formats classiques » tout en développant « des esthétiques variées » d’après Jonathan Battandier. « On a envie de promouvoir des artistes qu’on aime […] et en même temps qui ont une certaine identité dans ce qu’ils proposent et qu’on n’entend pas tous les quatre matins » soutient Marion.

A l’instar du set idm ambient de Lokom lors de la première édition du festival « complètement barré […] mais vachement chouette » qui a conforté l’association dans son désir d’ouverture à d’autres sous-genres de la musique électro voire à l’électro expérimentale.

 

Dysmorphia #1 © La Métamorphose


 
Après une première édition séduisante, l’association a remis le couvert en début d’année avec succès. « Ce qui nous a marqué c’est qu’il y avait des esthétiques vraiment différentes et on avait envie de sortir du tout techno » dans lequel l’association s’est installé par « goût et facilité » souligne Marion.

Et de renchérir : « L’idée c’était aussi d’élargir la programmation avec des groupes qui n’avaient rien à voir avec nos esthétiques de d’habitude mais qu’on adorait et qu’on avait vraiment envie de programmer ».

 

Dysmorphia #2 © La Métamorphose


 
Petite nouveauté également, l’ouverture à de nouveaux lieux de concerts tels que la Bifurk et les bars. Le but : « faire jouer des gens locaux qui font partie de notre réseau, qu’on avait envie d’entendre […] et faire écho aux autres esthétiques des plus grosses soirées » affirme Marion.

Et d’ajouter : « Le mercredi [au Canberra ndlr] c’était techno pour faire écho à la Belle électrique. Le jeudi [au Bauhaus ndlr] c’était plus idm pour faire écho à la fois à la soirée du vendredi où il y avait deux groupes Postcoïtum et Deux boules vanille, des duos batterie-machines et à l’after qui pour le coup était vraiment orienté ambient idm ».

 

« Participer au changement si on peut »

Outre le volet évènementiel, l’association effectue des prestations de bar auprès d’autres structures culturelles comme ce fut le cas pour Hadra, Rocktambule ou encore le Cabaret frappé. L’occasion de « faire des ronds pour le[s] projet[s] » énonce Jonathan Battandier, l’association fonctionnant sans subventions.

C’est d’ailleurs en « montant à Hadra » l’été dernier avec une centaine de bénévoles que l’association a pris connaissance de l’existence d’un dispositif anti-harcèlement et anti-agression qu’elle a décidé de mettre en place lors de la seconde édition du festival Dysmorphia.

 

Dysmorphia #1 © La Métamorphose


 
« D’abord les nanas de l’asso, on a été les premières à être sensibles à ça et derrière on s’est tous sensibilisés à cette question » avance Marion, avant de dénoncer avec véhémence les fameux frotteurs que bon nombre de femmes subissent en soirée. Et d’ajouter : « C’est une thématique qui nous tient à cœur et on avait envie de pouvoir l’exprimer pendant nos soirées ».

Pour ce qui est du dispositif : « On l’a fait un peu avec les moyens du bord » admet Marion, « parce qu’il n’y a pas vraiment grand chose qui existe contre le harcèlement concrètement pour le milieu de la nuit. On a récupéré des petites BD du Crocodile qu’on a affichées. On a une copine à nous qui s’est mise sur la prévention drogues et prévention agression-harcèlement et qui a fait des affiches ». Sans oublier le papier « Tu as été un relou […] à distribuer en cas de relou ».

« On ne va pas se poser en association féministe »

Ce même dispositif sera reconduit le 25 mai lors de la dernière soirée de la saison de l’association à l’Ampérage. Plusieurs idées sont évoquées : affiches, paperboards « où les nanas pourraient écrire [leurs expériences] de harcèlement qu’elles ont pu vivre en soirée ou dans le cadre de leur investissement dans le milieu culturel. Et à la fois des trucs positifs et des choses qui tirent vers le haut et qui font que peut-être on avance un petit peu ».

« C’est un truc qui en ce moment est en train de ressortir mais globalement le milieu culturel c’est compliqué pour les nanas » constate tristement Marion. Malgré tout celle-ci reste optimiste : « on veut essayer de participer au changement si on peut », pour autant « on ne va pas se poser comme association féministe ».

 

« Recréer un équilibre »

Pour apporter sa petite pierre à l’édifice, l’association organise ce vendredi une soirée techno à l’Ampérage 100% féminine avec les artistes Persepher, Paoli, Hydrangea et Calling Marian. L’objectif pour Marion : « valoriser les femmes qui existent sur scène » et « recréer un équilibre ». « Pour susciter l’envie d’autres femmes de s’emparer de la scène il est important de montrer qu’elles ne sont pas seules, qu’elles pourront y trouver du soutien, des modèles et des encouragements » ajoute l’intéressée.

 

Paoli © DR


 
Jonathan Battandier opine : l’idée c’est de « valoriser des artistes féminines qui font de l’électro et qui font ça très bien et on ne les voit pas suffisamment sur scène ». A l’instar de l’artiste Rebekah, tête d’affiche lors de la seconde édition du festival Dysmorphia. Et de renchérir : « ce que je trouve cool dans ce truc-là c’est vraiment d’être dans le positivisme » et « ne pas être juste dans la dénonciation » de l’omniprésence sur scène de ces messieurs.

 

Rebekah © La Métamorphose


 
La Métamorphose achèvera donc en beauté sa saison avec une très belle soirée. Au programme : « des univers différents ». Et notamment Hydrangea « qui va clôturer la soirée avec un long set de 1 heure 45 et qui a des ambiances oniriques » sourit Marion.

Sans oublier la présence des VJ’s Latache et Vj Nad qui habilleront la scène, et l’exposition « Tombé.e des nu.e.s » de Daria Ivanova« Elle est vraiment dans son monde et je trouve que ça fait assez bien écho avec la musique introspective d’Hydrangea parce qu’elle dessine des auto-portraits » formant un « un récit de vie » s’émeut Marion. Rendez-vous pris ce vendredi à l’Ampérage pour un un joli voyage.

 

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