Grenoble ? Le ski, les montagnes, et tous ses clichés… Souvent assimilée aux nombreux hub enneigés qui l’entourent, le reste de la ville passe souvent dans l’ombre. Aujourd’hui, Music’n’Gre vous propose un zoom sur le rôle de Grenoble dans le développement de l’électro française et sa signature artistique, plutôt sombre et pointue.

 

Aujourd’hui reconnue comme un genre à part entière, la musique électronique, d’abord expérimentale, a fini par se populariser dans les années 80. Vingt ans après, on ne lui prédit toujours pas un grand avenir et pourtant, c’est à cette époque que l’électro Grenobloise va connaitre son apogée. En effet, les hauts lieux de l’électro française sont loin de se résumer à Paris et Versailles. Moins médiatisé, opposé au style branché-bobo de la capitale et surfant sur une vague différente que celle de la « french touch », la région Rhône-Alpes (avec les villes de Lyon, Grenoble et Annecy appelées « Le triangle d’or ») impose des productions plus sombres et mélancoliques. Dans le processus de légitimation de l’électro, Grenoble y a mis son petit grain de sel, forte de ses artistes et clubs innovants…

 

Un crew d’artistes Grenoblois : « On s’est tous rencontrés à ce moment la, vers 1993″

 

Michel Amato, alias The Hacker, est un DJ et producteur, originaire de Grenoble. Il débute en organisant des raves parties dans les environs. Il raconte, dans un article de France Culture : « Au début, la scène à Grenoble était minuscule, on devait être une quinzaine et ça a commencé comme ça, tout doucement, en jouant dans des fêtes illégales, dans des champs aux alentours de Gre’. J’organisais ces teufs pirates, 20 francs l’entrée, dans des lieux un peu délires, comme un fort abandonné. On s’est tous rencontrés à ce moment la, vers 1993 ».

 

The Hacker & Miss Kittin, une collaboration grenobloise de longue date.

La collaboration phare de sa carrière sera celle avec Caroline Hervé, alias Miss Kittin. Leurs projets sont vite remarqués et leur apporte progressivement une reconnaissance mondiale.

The Hacker fonde le label « Goodlife Records » avec Oxia et Alex Reynaud, qui donnera un coup de projecteur à l’électro Grenobloise. « Je pense que c’est aussi l’association de nos influences qui a fait la réputation du label. Nous pouvions sortir des choses très groovy et des chose plus dark, tout en restant dans un même état d’esprit » confie-t-il à Sourdoreille.

De son côté Miss Kittin, DJ grenobloise, s’impose elle aussi dans l’électro, avec une musique pleine de ressentis, qui délivre ses états d’esprit. « J’aime le mystère, la complexité, les opposés. […] Mon but est plus simple, j’ai besoin d’exprimer ma vision, comme une respiration, et peut-être que des gens pourront s’y identifier. Je ne dit pas que j’ai raison, j’offre juste un certain point de vue. Quelques fois c’est profond, d’autres fois c’est juste poétique. »  [Dj mag]

Oxia, DJ grenoblois, s’impose dès son premier maxi dans la musique électro française. Son nom Oxia vient tout d’abord d’une collaboration de ses débuts avec Stephane Deschezeaux, avec qui ils seront DJ résidents du Vertigo (club grenoblois) pendant un temps. Il collabore aussi avec The Hacker et sort un EP avec leur label « Goodlife Records », qui marquera un tournant dans sa carrière. Aujourd’hui sa musique fait le tour du monde et lui à valu de nombreux prix.

 

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De gauche à droite : Oxia, et Christophe Dellaca (Dj Kiko)

 

Tous fréquentent aussi un grand influenceur de l’électro française : Christophe Dalacca, alias Kiko. A l’âge de 19 ans, ce dernier monte son magasin de disques Ozone Records. C’est là-bas qu’il rencontre, parmi ses clients, The Hacker et Miss Kittin, avec qui il collabore. Il crée ensuite le label « Ozone Record » qui est l’un des premiers labels d’électro français. Son grand projet fut Phunky Data, en duo avec Oxia. À l’affiche des plus grandes raves de France, ils signent ensuite plusieurs maxi et deux albums qui feront le tour du monde, plaçant ainsi Grenoble comme ville phare de l’électro.

Conscient de l’impact musical de sa ville sur l’électro Française, à la question de Greenroom « Qu’est-ce que la techno « made in France » à de plus ? », il répond avec humour : « Miss Kittin, The Hacker, Oxia… Et moi. Grenoble quoi (rires). »

 

Des clubs qui regroupent les passionnés 

 

En plus d’artistes passionnés, Grenoble couve un public averti qui se rencontre dans le peu d’espaces dédiés à l’électro. La ville abrite quelques clubs qui rassemblent les amateurs d’électro du coin. Nous retrouvons donc entre autre le Vertigo et le Mark XIII. « J’étais un extraterrestre à l’époque quand j’écoutais de l’électro. L’électro c’était l’interdit, c’était synonyme de décadence mais j’ai misé là-dessus, je trouvais que c’était différent. » raconte Camille, le fondateur du Vertigo. Pari réussi : Laurent Garnier, David Guetta, Oxia, Cassius, The hacker ou encore Martin Solveig ont usés les platines du club.

À une époque où peu de gens sont convaincus par l’électro, ces pionniers Grenoblois font donc la réputation de la ville qui incarne alors le second souffle de la production française. Ironiquement le son austère et anti-mode de Grenoble se retrouve copié à Paris et dans toutes les fashion-week du monde. Aujourd’hui, The Hacker affirme que « le combat de la Techno est fini maintenant ».

 

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De gauche à droite : le Mark XIII, le Vertigo


 

Grenoble Post 90’s

 

Si ce genre est définitivement accepté dans la musique, que devient la ville électro après cette apogée musicale ? Le Vertigo (qui fête ses 20 ans cette année) et le Mark XIII sont toujours là, fidèles au poste. De nouvelles salles et clubs ont ouverts, comme l’Ephémèrel’Ampéragela Bobine, le Drak’art… Une salle, La Belle Électrique, dédiée aux musiques électroniques de tout genres à vu le jour en janvier 2015. Elle organise aussi le festival Jour et Nuit en septembre et de nombreux ateliers culturels. La salle évolue et sa réputation croît rapidement. Ils viennent d’ailleurs de fonder leur label « label électrique ».

La scène techno et électronique « se porte donc super bien » d’après Kiko, qui parraine le label Carton-Pâtes Records (producteur d’artistes majoritairement Grenoblois et organisateur de nombreuses soirées et évènements musicaux). Du coté des artistes, si l’électro est aujourd’hui légitimée, l’héritage des pionniers peut être aussi lourd à porter qu’inspirant. Cependant, la relève est présente et perce petit à petit. On peut y compter Le Monkey (caché derrière son masque de singe, il tourne actuellement aux US avec son style house mélangeant les genres), Koudlam (une électro moderne et apocalyptique que nous avons déjà tous déjà entendu), SampliFire (avec un style dubstep énergique), et bien d’autres encore.

Après l’apogée des années 90, Grenoble continue donc doucement son voyage musical, avec l’apparition de nombreuses associations pro-électro et d’artistes talentueux. De belles promesses à venir…