Alors que le sort du Ciel n’est pas encore pleinement résolu, c’est avec un certain plaisir que l’on retrouve l’atmosphère particulière du lieu pour un concert un peu spécial ce vendredi 9 novembre… puisque Collapse a décidé de faire dans le son et lumière. Le groupe, en résidence pendant une semaine dans les locaux, a travaillé sur les ambiances et des projections vidéos et c’est le résultat de ces efforts qu’il nous propose en avant-première ce soir. Pour se mettre dans le bain et avec un certain goût du paradoxe, ils ont invité Y-Blues en mode solo minimaliste pour nous chauffer un peu… On éteint les lumières, on branche le projo et c’est parti !

 

Aide-toi et le Ciel t’aidera : Y.Blues n’a besoin de personne

Y.Blues en solo, c’est un peu la force de la simplicité. Yaiba, guitariste et chanteur du groupe, est venu avec une paire de guitares, un tabouret, une lampe tempête…  C’est sûr qu’on n’est pas là pour rejouer Pink Floyd live at Pompeii, et en même temps, c’est peut être le choix le plus judicieux pour ce soir. Pas de doublon, pas de confusion, et on évite de lasser un public venu tout de même en nombre poser ses fesses sur les sièges type cinéma de la salle avec deux propositions trop similaires.

 

yblues - metal grenoble

 

Difficile de mettre une première partie qui envoie du gros son qui tâche alors que l’on attend en tête d’affiche un groupe à la musique plutôt posée avec une mise en scène travaillée. Et lorsqu’il s’agit d’avoir une première partie efficace et qui se suffit à elle même, Y.Blues en solo c’est du solide. Le gars n’est pas là pour prendre la pose mais impose avec aisance son mélange de delta blues et de métal. La pression, connait pas (enfin façon de parler même si il semble préférer le whisky en single barrel) et c’est avec aisance que la demie heure de set défile, Yaiba piochant allègrement dans le dernier album du groupe déjà chroniqué de par chez nous

 

yblues - metal grenoble - rock grenoble

 

L’ambiance concert assis sied parfaitement à ce type de performance et joue aussi sur la qualité d’écoute du public, attentif et concentré. On ne peut que vous engager à guetter les prochaines performances du garçon ainsi que ses apparitions avec le reste de ses acolytes, pour un set plus énergique et mettant en avant le côté métal du groupe, ce qui fait aussi tout le sel de leur musique.

 

Collapse : pas loin du 7e Ciel

Le plateau se vide rapidement, et l’écran installé derrière la batterie annonce assez vite la couleur. Collapse a toujours cultivé une musique aux allures de bande-son n’hésitant pas à prendre son temps pour développer ses idées, et c’est donc avec une certaine logique qu’ils ont sauté le pas, qui plus est dans une salle qui ressemble presque à une salle de cinéma, bien joué !

Dès les premières notes, de belles images de Nature envahissent l’écran et mettent dans l’ambiance les spectateurs. Le groupe n’a jamais été dans la grosse performance physique sur scène et a toujours privilégié la propreté et la précision de l’interprétation. Dans ce sens, le format adopté ce soir semble leur aller comme un gant. Assez vite, on se laisse happer par les images en jetant parfois un œil aux musiciens au détour d’un break de batterie plus saillant, d’un son de guitare original, d’un contre point de clavier inattendu ou d’un groove de basse bien rond.

 

collapse - rock grenoble

 

Rien à dire le son est très bon, mais après plusieurs jours de résidence dans la salle c’est un peu le minimum syndical ! Les musiciens sont au niveau de ce qu’ils prétendent proposer et à ce titre, il faut décerner une mention spéciale au batteur qui assure avec une énergie que l’on n’avait pas toujours constaté et une belle musicalité la vraie colonne vertébrale de la musique de Collapse sur laquelle ses compagnons viennent se greffer habilement.

Et forcément, puisque l’on se laisse porter par la musique, on aimerait en faire autant avec les images. Malgré la qualité des prises de vue et le travail indéniable réalisé, les vidéos proposées en fond pêchent parfois par un manque de force évocatrice. On cherche le sens derrière ces formes qui se composent et se recomposent, ces paysages de forêts, de mer, ces aplats de couleurs sans pour autant se laisser emporter. C’est propre, net et sans bavure quand on aimerait au contraire un peu de dramaturgie et de tension.

 

collapse - rock grenoble

 

En ce sens « Breathing Holes », « Jesco’s Ghosts » et « Citizen Grave » remplissent mieux le contrat sur le fond avec des idées intéressantes, et un début de narration bien venue pour épauler la bande-son mais sur la forme, on reste un peu sur sa faim. Les images sont très belles mais trop propres, les lumières travaillées semblent trop franches tout comme les couleurs. Un peu de grain, des images moins lisses auraient peut-être écorner la perfection formelle mais au profit d’un peu plus de chair et de vie, d’une incarnation plus tangible de ce que l’on ressent dans la musique du groupe.

Si Collapse a indéniablement travaillé dans le sens qu’appelait depuis le premier jour sa musique, il lui reste encore quelques marches à franchir pour proposer un ensemble aussi cohérent et puissant musicalement que visuellement. On ne peut qu’applaudir à l’engagement total du groupe pour accomplir la vision qui certainement guide le groupe dans les moments de composition et de conception des albums. Cette soirée au Ciel était l’écrin idéal que l’on a adoré retrouvé, le travail réalisé sur le son, la lumière, la vidéo étaient de qualité, on attend la continuation de tout ce travail amorcé avec impatience !