Et si mine de rien nous étions rentrés dans l’ère des machines si chères à ce bon Schwarzy dans Terminator ? A y réfléchir de près, il n’a jamais été aussi facile de produire de la musique grâce aux outils informatiques alors qu’il est presque impossible de pouvoir faire un concert en chair et en os… Ça sentirait pas un peu le plan machiavélique à la Skynet ca ? Et si Roselyne Bachelot était la nouvelle version du T-1000 ? Les petits gars du collectif Eptagon, qui n’ont pas vraiment besoin d’un T800 pour se défendre, ont décidé de rentrer en résistance en nous proposant une 2nd compilation de 17 pistes scindées en 2 parties distinctes, intitulée « / a.va.lon/ ». En attendant de remonter sur des planches non-virtuelles, c’est toujours ça à se mettre dans les capteurs auditifs ! Le règne de la machine est bien entamé. Il faut choisir son camp !
 

Eptagon. Sarah Connor c’est ici ?

Il y a déjà 2 ans le collectif avait tapé fort avec une 1ère compilation de titres issus de la scène grenobloise rock-métal-expériementale alliant la musique et les arts numériques dans un projet qui nous avait tapé dans l’œil.

Auto-production complète qui profitait des savoir-faire de chacun de ses membres, qualité de la proposition visuelle et audio, diversité des groupes, tout en restant cohérent… Le cahier des charges était alors touffu mais respecté à la lettre, donnant un objet aussi agréable à voir qu’à écouter. Pour cette 2e version, on reprend la même formule avec 2 albums concepts offrant « à l’auditeur deux chemins labyrinthiques : le premier le plonge dans des atmosphères arides et brutales, tandis que le second dévoile un domaine plus éthéré et mystique. »
Cette 2ème mouture, démarrée en 2020 et qui avait pour but de proposer du matériel inédit de groupes déjà établis mais également de formations créées pour l’occasion entre membres du collectif, a du faire face à l’isolement et n’en sort que plus forte.µ

Un an plus tard, ce sont 17 pistes qui nous sont proposées, tirant au mieux parti de la situation actuelle avec des groupes qui, pour beaucoup, ont travaillé à distance (malines ces machines… En même temps Olivier Véran et son physique de culturiste ça sent la structure en Titane-Tungstène non ?!). Dans un soucis de crédibilité et parce que je vais pas vous faire croire que j’y connais quoi que ce soit en électro, ambient et noise, on va ici se contenter de la 1ère face de l’album tournant autour du « métal » dans son acception large allant du grunge au death en passant par la branche post. Merci aux artistes de la 2ème face de ne pas m’envoyer leurs petits acolytes cyborgs à mon adresse dans un esprit de vengeance !

 

 

Premier constat qui devient une habitude avec les productions du collectif, le son général est vraiment qualitatif pour tous les groupes quelles que soient les conditions d’enregistrement. Le Plastic Lobster Studio, qui s’est occupé de la plupart des mix et mastering a vraiment fait du gros boulot pour garder une cohérence sonore et servir au mieux chaque formation tout en gardant leur patte sonore. Les mécréants de Liquid Flesh sonnent comme ils doivent sonner : gras et légèrement crados en session live quand Robusata qui tourne autour de 2 musiciens dont un multi-instrumentiste, a un son très studio logiquement. Les 2 groupes se succèdent dans la setlist sans que ce ne soit choquant, c’est du beau boulot. Rien à dire !

Et c’est d’autant plus un tour de force que non seulement les sessions d’enregistrement ont pratiquement été différentes d’un groupe à un autre mais les styles proposés sont également extrêmement divers. Chacun a sa propre orbite mais tous tournent autour de mêmes points rassembleurs : la musique de niche. Que ce soit à travers la violence (Kisin, Epitaph, Liquid Flesh), le rock plus expérimental (Faith in Agony, Robusuta) ou le one-shot (Anti-douleur), voire un peu des trois en même temps (Jambalaya ou Demenseed), ce qui semble au départ un rassemblement bien disparate permet au contraire de dévoiler les différentes faces d’un même ensemble.

Cette hétérogénéité n’empêche pas les petits coups de cœur car derrière le noir des vêtements, il y a aussi des sentiments… Faith in Agony, de façon assez logique pour moi, se démarque par son côté rock 90’s racé que ce soit dans la compo, la voix de Madie et les harmonies développées mais aussi dans la capacité du groupe à faire rebondir son morceau par des plages plus atmosphériques ou un solo enlevé. Une confirmation des qualités de ce groupe en attendant l’album qui sort très bientôt.

Robusuta, duo plus post et instrumental, est une belle surprise. Leur musique tourne autour de guitares évanescentes et spacieuses dans un premier temps avant de sortir les dents emmenées par un pattern de batterie limite jazzy à la caisse claire fantomatique qui ne manquera pas également de s’énerver au fur et à mesure de la montée du morceau.

 

Le collectif Eptagon en résidence à la Belle Electrique – 2021

Jambalaya sort la grosse artillerie en proposant un mélange réussi de puissance death et d’envolées plus post entrecoupées de saillies black particulièrement evil. L’apport d’un vrai batteur se fait sentir pour un morceau ou le poulpe maison tient le haut du pavé prenant une place laissée vacante par le format instrumental. 5 minutes, pas une seconde de plus de violence malsaine pleinement maîtrisée.

Demenseed c’est un peu le plaisir là où on ne l’attendait pas avec une première partie de titre black death classique bien interprétée notamment au niveau de la voix. Jusque-là, j’aime sans en faire des folies.

Là où la formation sort son épingle du jeu et me cueille, c’est lorsqu’après 4 minutes d’imprécations multiples invoquant tous les démons de l’enfer, le groupe nous sort une carte joker sous la forme d’un riff de guitare tout bête mais vraiment efficace.

La musique devient plus mélancolique par la seule force de cet ajout sans pour autant s’affadir et c’est diablement jouissif !

Dans le rayon efficacité prouvée, je demande Kisin ainsi qu’Epitaph. Les 2 formations proposent un death des familles puissant et référencé avec des pointes Thrash très 80’s, jouant avec leurs collègues de Liquid Flesh une belle partition hommage pleine de puissance et de rugosité. Ces derniers ajoutant avec le chant en français une pointe d’originalité assez goûteuse accentuée par quelques moments de répits bien glauques en résonance avec le parti pris esthétique du groupe. En contre-point des groupes plus bavards, ces baffes sonores sont parfaites.

 

Nico Gaillardon du collectif Eptagon

Pour finir et dans la catégorie « mais où vont ils chercher tout ça ? », Anti-douleur avec le titre « Beyrouth » se met en tête de se faire rencontrer un saxophoniste aux couleurs orientales, un batterie-basse jazz et une guitare plutôt post-black. C’est déconcertant dans un premier temps, puis de plus en plus sombre jusqu’à l’explosion de l’ensemble en une sarabande death savoureuse. Il fallait oser et c’est plutôt une réussite.

Enfin, en guise de conclusion, le groupe Barus digresse avec une version alternative de son morceau « Amass ». Avec cette version atmosphérique et évocatrice où une fois encore le batteur se paye la part du lion quand les collègues tapissent le spectre sonore de façon simple mais efficace, le groupe clôt parfaitement ce tour d’horizon aussi hétérogène que qualitatif.
 

« I’ll be back! »

Alors oui, la musique c’est avant tout de l’humain et la mise en place d’une alchimie entre musiciens qui se rencontrent. Oui, lorsqu’il s’agit de la domination sur terre dans un contexte post-nucléaire, attention aux machines avec un fort accent autrichien tentant de parler espagnol d’accord…

Mais pour ce qui est de la musique, surtout actuellement, grâce soit rendue aux machines qui nous aident à produire, écouter et continuer à avancer !

Eptagon a tout compris en utilisant ce qui est possible techniquement en 2021 sans abdiquer pour autant sur la partie créative et humaine de la création.

Se faire rencontrer des artistes, produire quelque chose de nouveau sans intermédiaires, être du début à la fin maître de ce que l’on va proposer au public en utilisant les machines, voilà bien un truc sur lequel aurait du se pencher la famille Connor avant de commencer à démonter du robot à l’opinel.

Merci Eptagon, en tant que collectif, de participer à l’émergence de groupes, de projets comme celui-ci avec qualité et audace. Vivement le prochain confinement pour la 3ème mouture !

 

Eptagonator 2, le retour de la guerre contre (avec?) les machines
8.3Note finale
Originalité 8
Technique 9
Plaisir à écouter 8
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