« La valeur n’attend pas le nombre des années ». Fort de cet adage qui sent bon sa naphtaline et son conseil de grand-mère, les Grenoblois de Titans Fall Harder se la jouent premiers de la classe et se sont appliqués pour leur premier album. Au vu des moyens et de l’ambition affichés par ce « Heavy Lies This Life », on se dit que tout ça sent plutôt bon…

 

La musique, rien que la musique ! Même si l’emballage est beau…

Nombreux sont les groupes qui se disent qu’actuellement, si l’on veut un peu faire son trou dans la musique, il faut d’abord travailler son image et son activité sur les réseaux sociaux… La musique peut bien attendre un peu, finalement. Grave erreur s’il en est ! La valeur d’un album, c’est avant tout celle de sa musique. Le reste étant superflu.

On ne parlera donc pas du beau visuel qui vient avec ce premier album de Titans Fall Harder, ni du clip plutôt qualitatif qui l’a également accompagné. Nous ferons fi également de la belle campagne 2.0 des petits gars pour essayer de surnager dans la marée numérique des nouvelles sorties de ce printemps au rayon metal. Concentrons nous sur la musique, juste la musique rien que la musique, au long des 10 titres qui composent ce premier opus.

 
titans fall harder - metal grenoble
 

Dès les premières secondes du premier titre, la démarche du combo apparaît claire comme de l’eau de roche : du metal moderne, avec une touche épique très marquée par des orchestrations symphoniques omniprésentes. Le tout agrémenté par une touche électro. Autant le dire tout de suite, c’est d’une redoutable efficacité en terme de production. Le son est ultra pro, maîtrisé de bout en bout avec une très grande intelligibilité, ce qui au vu du nombre d’éléments à prendre en compte, est clairement fondamental.

Les compositions demandent dans un premier temps un investissement de l’auditeur tant la musique est plutôt complexe et riche. Difficile d’isoler un titre par rapport à un autre, ou même de tenter une analyse classique. Les éléments habituels auxquels se raccrocher comme un riff, une ligne mélodique ou un gimmick récurrent ne font tout simplement pas partie du style de la maison. C’est donc dans le général plutôt que dans le particulier qu’il faut aller chercher les Titans Fall Harder
 

Je vais te savonner les oreilles à coups de blast !

Rythmiquement, on a le droit à toute l’armada death moderne, à commencer par une batterie qui très vite s’impose au centre des attentions. Parfois arythmique, alternant parties en blast et rythmiques plus typiques en mode tapis de double, on a droit à un laminage méthodique et systématique classique mais indispensable.

Cette attaque en règle est parfois ponctuée d’éléments électros rajoutant un côté froid et mécanique qui convient bien aux thèmes développés par le groupe. La guitare et la basse se retrouvent assez logiquement au service de cette frénésie rythmique, participant allègrement à la mandale généralisée dans une ambiance de fin du monde mécanique et déshumanisée … C’est technique et très en place, un gros travail pour installer une ambiance agressive et lourde.

Le chant, de son côté, propose une prestation nerveuse et pleine d’énergie. Les intermèdes plus posés, comme dans « Humanity », ou le deuxième volet du triptyque « Ruled by Destiny », auraient même méritées d’être plus fréquentes et mises en avant pour apporter un peu de contraste. Le grain de la voix est conforme aux canons du genre, et alterne entre growls plus ou moins gutturaux et parties plus screamo, mais avec toujours beaucoup de dynamique.

 
titans fall harder - metal extreme - metal grenoble
 

Symphonie apocalyptique en mode mineur

Mais la vraie plus value de Titans Fall Harder se situe dans ses parties orchestrées et ses arrangements. C’est ce qui amène les mélodies et les montées émotionnelles (« The Second Renaissance » ou la trilogie « Ruled by Destiny »), donnant à une musique qui pourrait sembler linéaire une qualité narrative, qui pour le coup sort du lot.

L’utilisation de nappes de voix rajoute encore au tragique, et les grandes envolées de cordes et d’instruments à vents marchent également très bien pour évoquer des scènes d’apocalypse ou de combats titanesques. Comme intro, pour accentuer des parties plus saccadées ou encore dans des intermèdes (« A Soul to Blend With Life Itself »), ces parties permettent vraiment de faire décoller les titres. Les percussions participent également de cette dramatisation de la musique que les petites incursions électros finissent de dynamiser.

On est entre le métal symphonique et la bande son de film. Vraiment impressionnant, à tel point que l’on se surprend même à se concentrer uniquement sur les instrumentations, le reste devenant un fond passant au second plan. Il serait trop long de faire le tour de tout ce travail de composition symphonique, mais c’est assez dantesque et souvent très bien amené si tant est que l’on soit un peu sensible à ces incursions.

 
titans fall harder - metal extreme - metal grenoble
 

Encore un petit effort et je prends ma carte du fan club !

Face à cette exubérance musicale, l’auditeur se doit de laisser tourner les dix pistes dans la continuité pour s’offrir une expérience complète. La musique des Titans Fall Harder ne se laisse pas apprivoiser facilement : elle est exigeante et ne laisse pas indifférent par les émotions qu’elle peut provoquer, mais après une heure à ce régime c’est un peu déstabilisé que l’on ressort de ce « Heavy Lies This Life ».

On se prend à imaginer un travail qui permettrait à la fois cette expérience ultra immersive mais également une lecture plus ponctuelle de chaque titre, comme une pièce unique et reconnaissable. Quelques points de repères plus affirmés, des structures plus lisibles, une plus grande variété dans les lignes de chant ou dans l’apport guitare/basse permettraient à coup sûr cette singularisation de chaque titre permettant au groupe de passer encore un niveau.

Loin des canons classiques du metal, c’est une toute autre approche que les jeunes grenoblois proposent avec assurance et talent, dans une production digne des meilleures. Cela démontre que l’on peut dès le premier album prétendre à un rendu pro. Leur maturité est déjà impressionnante, que ce soit en terme de production (c’est leur claviériste Elliott qui est à la manœuvre), de composition ou de communication. Ils ont déjà compris beaucoup de choses, restent maintenant à encore évoluer dans l’efficacité des compositions pour permettre à tout un chacun d’apprécier leur travail.

Comme on dit : « Qu’importe le flacon pourvu que l’on ait l’ivresse ». Pour le coup, Titans Fall Harder nous a donné une gentille gueule de bois avec un bel emballage, et on les en remercie !

 

Ecouter l’album

 

 

"Heavy Lies This Life" : Titans Fall Harder sort un premier album de darons
7.7Note finale
Originalité8
Technique8
Plaisir à écouter7
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6.4
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