Après deux ans de travail acharné, ce samedi 27 Avril est un peu particulier pour les Grenoblois de Titans Fall Harder. Ils révèlent à leur public leur premier vrai album, en même temps que leur nouveau show, où rien n’a été laissé au hasard… Nous avons rencontré le groupe à quelques heures de l’échéance puis assisté au concert : petit retour sur cette soirée !

 

Le concert de ce samedi soir représente « l’aboutissement d’années de travail » pour les Titans Fall Harder, un véritable « challenge avec un plus gros show, un temps de set élargi dans une salle bien plus grande que l’Ampérage », lieu où s’était déroulé la soirée de lancement du premier EP, « Evolve », sorti en 2017. Ce soir, pour la release party de « Heavy lies this life« , le groupe semble prêt, même si « la tension arrivera surtout au moment de monter sur scène, pas avant, on eu a trop de choses à gérer jusque-là… ». En effet, ce n’est pas moins de trois groupes qui sont annoncés avant leur show, pour une soirée sous le signe d’un métal moderne et ambitieux.

 

Un bon son oui, mais on veut aussi du sang et de la sueur !

Les deux premiers groupes affichent clairement la couleur : ce sera lourdeur djent et accélérations death pour tout le monde, avec des touches metalcore à la Architects, voir même quelques incursions Dream Theatresque ! Nonsense de Lyon et Anna de Grenoble présentent chacun dans leur style des sets très pros et maîtrisés. On est dans la mouvance actuelle du metalcore qui ne réchigne pas à alterner des parties ultra violentes et lourdes avec d’autres beaucoup plus atmosphériques et éthérées, voir même prog pour Nonsense.

 


 

La grande pierre d’achoppement de ce parti-pris réside dans le décalage qui peut parfois exister entre les prods studios, généralement flatteuses et ultra léchées, et le rendu en live qui doit incarner avec du sang et de la sueur la musique. C’est un peu le reproche que l’on peut faire aux deux formations qui ont manqué cruellement d’impact sonore et d’un show un peu plus organique. Attention, rien à voir ici avec la qualité intrinsèque des musiciens ou de leur musique, ça sent les gars qui ont bossé et qui sont tout sauf des buses sur leurs instrus !

 


 

Ce serait plutôt au niveau de la philosophie liée à la performance live. Qu’est ce qui doit primer ? Un rendu parfait au niveau du son avec des boucles en fond qui viennent combler les trous ? Nonsense, privé d’un de leurs guitaristes, envoie des solos dans le vide en mode karaoké. On n’en vient à ne plus savoir ce qui vient des musiciens ou de l’enregistrement, notamment dans les voix. Sans vouloir jeter la pierre à ces groupes car tout le monde fait pareil, mais on peut tout de même se poser la question de l’intérêt de la démarche en concert.

 

Buy Jupiter n’était pas là pour acheter du terrain

Le troisième groupe, Buy Jupiter, a lui choisi son camps semble-t-il… Pas de chichis, les amplis à même le sol, pas de boucles, de musique d’intro ou quoi que ce soit, juste de l’énervé à fleur de peau. La troupe lyonnaise délivre un show plein de rage et d’intensité. Les quatre musiciens sont vraiment excellents, dans un style death beaucoup plus classique mais parfaitement actuel. Pour le coup, la pression des amplis est bien là, tout comme la présence physique du chanteur, qui est un véritable phénomène à voir en live.

Tantôt sur scène en train de se rouler par terre, tantôt en train d’haranguer le public, il passe également une bonne partie du set dans la fosse. Il tire sur le câble de son micro, manque de tomber pour finir à la fin du set prostré au milieu du public en a capella, délivrant une performance vocale et scénique de haute volée. Entre deux titres, ce Mr Hyde redevient un Dr Jekkyl plutôt débonnaire et à la cool. Malgré son abattage qui pourrait vite passer pour de la pose, on ressent une vraie sincérité. Le gars est nature au possible, se fout de tout sauf de sa musique et pour le coup ça marche à 200%.

 


 

Lorsque Buy Jupiter remballe son matos, on se dit que Titans Fall Harder a bien choisi ses comparses de concert, mais que l’épée pourrait se révéler à double tranchant !

 

« On va faire le show que l’on a en tête depuis le début du groupe »

Et comme ils ne sont pas nés de la dernière pluie, les petits gars ont prévu quelque chose de plutôt abouti pour faire face à la concurrence. Rencontrés avant le concert, ils précisent : « C’est un spectacle complet d’une heure sur une musique extrême. Il y aura plusieurs actes avec des transitions, des ambiances, des entractes et des surprises pour pimenter le tout. C’est un travail à plusieurs niveaux sur la musique, la scénographie la lumière et une set-list pensée pour apporter aussi des nuances et des moments de calme (…) »

Ils ajoutent : « Avant cette date beaucoup de choses manquaient dans lencadrement et maintenant on a tout ce que lon veut en termes d’équipe, de matériel, de durée de show () On va pouvoir réaliser le show que l’on a en tête depuis le début du groupe. Toute lexpérience des 40 dates précédentes, les résidences, les répètes, le studio vont payer pour que l’on propose quelque chose qui soit pro ». La volonté d’être dans l’évolution est claire : « On veut que les gens sortent en se disant quon a progressé sans se dénaturer même s’ils naiment pas. Quils soient surpris ! »

 

 

En effet, le plateau, jusque-là rétréci pour les premiers groupes, prend de l’espace dans une disposition qui rappelle un peu ce que propose Architects en concert. Des podiums décalés en arrière permettent de surélever l’imposante batterie de Niels et les claviers d’Elliott. Le reste de la scène est laissé à l’entière disposition du groupe. Pas de superflu et de la place pour bouger. Un grand back drop avec le beau graphisme du nouvel album prend également toute la largeur de la scène. De prime abord ça en impose, et on s’attend à une grosse claque dès l’entrée en scène. Le public, malgré les craintes du groupe quelques heures avant le concert, s’est déplacé et trépigne d’impatience !

Une musique symphonique retentit : les musiciens commencent à s’installer. Les gars sont à l’aise sur le plateau, dès le début, et affichent une gestion de la scène toute en confiance. Ajouté à la scénographie, c’est plutôt une bonne première impression à ce niveau. Grosse déception cependant : le son n’est pas aussi massif que ce que l’on aurait peut-être attendu. C’est bon, mais ce n’est pas le gros coup de pied au cul espéré pour moi (en même temps en étant au premier rang, peut être que cela a aussi joué dans une configuration où tout le son vient des enceintes de façade et rien du plateau où il n’y a aucun ampli…). Cette impression un peu mitigée va malheureusement s’installer sur la longueur.

 

Un concert comme au cinéma

Une de mes principales attentes concernait les lumières. Celles-ci sont particulièrement travaillées, en grandes nappes de couleurs froides, accentuées par les fumées elles donnent une impression crépusculaire, tandis que les stroboscopes viennent accentuer les martèlements de la grosse caisse.

Pour le coup, le groupe incarne vraiment son parti pris artistique. Une musique déshumanisée et presque robotique, un mélange mi-humain mi-machine avec un rendu volontairement froid et désincarné. Au point que la batterie et les claviers surélevés semblent mêmes un peu isolés du reste du groupe, et trop éloignés du public. Le gain en visibilité et en effet de perspective générale que donnent les podiums semblent par ailleurs limiter l’impact scénique des musiciens. Elliott pourrait facilement être une plus-value en termes de présence, alors qu’il se retrouve souvent isolé et moins en interaction avec les autres.

 

 

Les grandes nappes de couleurs amplifiées par les fumigènes donnent une ambiance saisissante qui fait penser au film Alien, mais sont finalement répétitives, et le stroboscope à outrance en devient même un peu fatigant. On comprend la volonté de créer un univers, une bulle dans laquelle le spectateur va s’immerger et n’en ressortir qu’au bout d’une heure. Le groupe avait d’ailleurs précisé :« On s’inspire de shows comme ceux de Gojira en termes de perfection dans la performance, mais aussi Architects pour le côté ‘toujours plus’. Hypnose est également une référence en termes de construction de show avec peu de communication pour maintenir l’auditeur dans un univers sans interventions extérieures. () On veut aller au-delà de la simple expérience musicale mais proposer un spectacle plus théâtralisé (…) une direction artistique qui ne se limite pas à ce quattend simplement le public en concert ».

En effet, le groupe a souhaité découper le concert en plusieurs « actes » structurés. Cette organisation, avec des moments des transitions autour d’une pièce aux claviers ou de bandes sons très filmiques, permettent effectivement de jouer sur les nuances. Pour autant, cela manque parfois de cohérence pour le spectateur qui se trouve un peu perdu. Le grand back drop aurait pu scander ces différents actes et donner ainsi un fil sur lequel le spectateur aurait pu tirer. L’intervention d’une invitée au chant dans un registre plus lyrique est très fort et joue pleinement son rôle, à tel point que l’on regrette que l’ensemble s’arrête seulement au bout de quelques toutes petites minutes.

 


 

« Cent fois sur le métier tu remettras ton ouvrage »

Au bout d’une heure de spectacle, on sort avec une impression mitigée sur cette première mouture présentée ce soir. Les qualités musicales, professionnelles et artistiques du groupe sont énormes, mais Rome ne s’est pas construite en un jour … et il en faut plus pour faire tomber un Titan !

Il n’y a pas à douter que ce show de Grenoble n’est qu’un début. Comme le dit le groupe: « Notre prochaine étape est de rendre ce show mature, et de le présenter ailleurs sur un tour support ». On imagine aisément que tout ce qui a été mis en place ici sera encore amélioré, et profitera de l’expérience des futures dates que le groupe prévoit pour la seconde partie de l’année. Ce qui est l’ADN de ce spectacle restera pour en faire une véritable expérience immersive qui saura toucher le spectateur. Titans Fall Harder est un groupe plein d’ambition qui se donne les moyens de réussir… On n’a pas fini d’entendre parler d’eux, et on est impatient de voir comment ces gamins vont encore grandir !

 

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