Tour de force pour « Demain c’est bien » ! Le festival de cultures urbaines organisé par Mix’arts et Base Art réunissait ce jeudi 8 novembre trois étoiles du rap français : Chilla, Guizmo, Demi-portion, et un jeune talent grenoblois : Téo (WazacreW). Un programmation hyper-énergique pour secouer l’Heure bleue de Saint-Martin-d’Hères au rythme d’un hip-hop résolument authentique…

 

Leurs clips font des millions de vues sur YouTube. Leurs noms ont résonné dans « Planète rap ». Chilla, Guizmo et Demi-portion n’ont rien à prouver : le public de l’Heure Bleue leur est déjà acquis. La salle située à Saint-Martin-d’Hères a beau être particulièrement mal desservie, les fans de rap ont répondu présent. Autre invité de cette troisième édition du festival « Demain c’est bien » : Téo, jeune talent issu du collectif grenoblois WazacreW, qui a eu la lourde tâche d’ouvrir le bal.

 

Téo : énergie et passion avant tout

Après presque six ans de rap, Téo n’a pas encore la même renommée que les trois autres artistes présents : il doit encore faire ses preuves et il le sait. Face à une salle clairsemée, il doit montrer qu’il a les épaules. Pour chauffer le public, il décide de miser sur son principal atout : son énergie. C’est avec une passion remarquable que le rappeur de 23 ans enchaîne les textes issus de ses deux EP : « Téothentique » et « Polarité ».

 

teo wazacrew - rap grenoble

© Timothy Colmaire

Éric est aux platines. Nolan et ZoenP, également membres du WazacreW, se relaient pour assurer les chœurs et lui donner la réplique. En résulte un set à deux voire trois voix, furieux et habile, dont on voit toutefois les coutures. Les chorégraphies et la mise en scène sont répétées et sont appliquées avec méthode… quitte à laisser de côté le naturel ou à trébucher sur certaines phrases. Peu importe, Téo conserve son flow tantôt rageur tantôt désespéré. Tout est sincère et ça fonctionne.

 

teo wazacrew -rap grenoble - festival demain c'est bien

© Timothy Colmaire

Chilla : message fort et mélodieux

Changement de décor pour le deuxième set. Quatre paravents à motifs floraux garnissent la scène, la lumière se teinte de rouge… Faut-il s’attendre à l’arrivée d’une princesse sucrée en robe rose bonbon ? C’est tout le contraire. Chilla, secondée de son DJ Matou, n’est pas là pour jouer les Barbie®. Dans ses textes, elle frappe sans détour les machos de tous bords. Adoubée « rappeuse féminine et féministe », elle prouve que derrière une douceur apparente peut se cacher une réelle agressivité. Une rage de vaincre et de renverser les codes. C’est exactement ce qui ressort de sa prestation, à la fois mélodieuse et frappante, toujours dénonciatrice.

 

chilla - rap feminin - rap grenoble - festival demain cest bien

 

Les effets de ses textes sur le public sont immédiats. Les couplets sont repris à l’unisson par l’assemblée. Fait rare, les voix féminines supplantent aisément les rugissements masculins que l’on entend habituellement lors des concerts. Pas un seul « À POIL ! » alcoolisé ne résonne dans les rangs. Les hommes ne sont pas absents, au contraire. La rappeuse genevoise sollicite même leurs voix pour accompagner le couplet de son titre « sale chienne ». À elle seule, Chilla prouve que les femmes ont définitivement leur place dans le rap français. Dans le public comme sur scène. Respect…

 

Guizmo : le patron en terrain conquis

Guizmo n’est clairement pas stressé pour ce concert. Il a préféré remplacer la pression par deux bouteilles de bières. Le daron de la soirée (il a deux enfants) aurait pu chanter sans micro, le résultat aurait été le même. Le public accompagne chaque phrase issue de ses différents albums avec ferveur. À tel point que « Guizi » se permet de ne chanter que les débuts de phrases de l’un de ses titres, pour se donner le temps de s’en rouler une tranquillement. Le rougeoiement dudit pilon permet d’ailleurs de suivre aisément la star sur scène, comme une étoile dans la nuit. Les fans font de même, résultat : une épaisse fumée aux senteurs multiples recouvre le public. La loi Évin ? Connais pas.

 

demain c'est bien - guizmo

 

Le fait de passer la totalité de son set avec une bière ou une roulée à la main, voire les deux en même temps, n’entame en rien le rap du « renard ». Il enchaîne les titres avec adresse, se déchaîne lorsqu’il rappelle les périodes sombres de sa vie et se retient lorsqu’il veut laisser le public reprendre ses refrains les plus légers. Guizmo doit toutefois en grande partie la réussite de sa prestation à son DJ. À la fois ambianceur, backeur, beatmaker, il séquence le set comme un commentateur sportif et fait monter des gens sur scène pour une battle de danse. C’est avec ce supplément d’énergie que Guizi réussit à combler la salle et à donner à ses fidèles le sentiment d’appartenir à la même famille.

 

Demi-portion : le sens de la fête

Ironiquement, Demi-portion se produit devant une demi-salle. Une partie du public fait la queue au stand merchandising pour une dédicace de Guizmo. L’autre a déjà levé les voiles pour attraper le dernier tramway. Résultat, seuls les vrais motivés sont rester pour écouter Demi-P. C’est dommage.

 

demi portion - festival demain c'est bien grenoble

 

Qu’importe, le rappeur sétois donne tout. Il charme grâce à sa bonne humeur et son sourire, communique une véritable joie de vivre. Son set festif ne manque pas de sincérité et il sait rendre son rap puissant et efficace pour faire bouger la salle, même sur des titres plus sombres. Les bras se lèvent, se balancent, les briquets s’allument. Demi-P parvient à tirer toute l’énergie dont il à besoin de cette audience réduite, mais acquise à sa cause. Il est porté par son public, au sens propre comme au figuré, puisqu’il s’autorise un petit slam en fin de show. Privilège de se produire en dernier : il est le seul artiste à se avoir le droit à un rappel. Les fans présents en réclament un deuxième mais l’artiste est contraint de les laisser « par respect pour l’engagement pris avec la salle ». La classe.

 

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