Déjà un an que le Black Lilith a remplacé le Vertigo. Un an que Camille Bahri, le fondateur de la boîte mythique aux 20 ans d’existence, a passé la main au patron du Café Zimmerman et ancien responsable de la Bobine, Gil Petrizzelli. L’anniversaire se fêtera vendredi 1er mars sur la piste du Black Lilith, avec les trublions de Carton-Pâte Records. Avant d’aller se la coller, on fait le bilan de cette première année avec Gil…

 

Quel regard portes-tu sur la première année d’existence du Black Lilith ?

[Gil Petrizzelli] C’est passé vite mais j’ai aussi l’impression que ça fait une éternité car j’y ai mis beaucoup d’énergie. On a essayé volontairement beaucoup de choses pour vite voir ce qui pouvait marcher. Même si je connais la ville il fallait que je voie ce à quoi les gens seraient réceptifs ou non. Je pense que l’année prochaine, ça partira un peu moins dans tous les sens. On fera toujours un peu de tout, parce que c’est ce que j’aime et sinon je m’ennuie. Mais ça sera plus cadré au niveau de la programmation car on sait ce qui marche ou pas.

On a essayé les expos, la danse, les concerts mais on va désormais un peu plus se concentrer sur l’aspect club. Les concerts c’était compliqué, il faut faire venir les gens et la salle n’est pas forcément adaptée au niveau acoustique. On va faire plus de showcases, hip-hop ou des instrumentations voix/machine. En ce qui concerne la programmation, on va continuer de bosser avec les collectifs locaux et faire des événements récurrents avec des styles moins représentés à Grenoble.

 

 

« On a essayé les expos, la danse, les concerts mais on va désormais un peu plus se concentrer sur l’aspect club. On va faire plus de showcases (…) et continuer de bosser avec les collectifs locaux et faire des événements récurrents avec des styles moins représentés à Grenoble »

 

 

Par exemple ?

On y travaille encore mais on pense à plusieurs types d’événements selon nos envies et celles du public. Des dates trimestrielles ou semestrielles. Par exemple, on n’a jamais fait de musiques latines. Mais si on décide de s’y mettre on va forcément chercher la qualité. On ne va pas faire un style juste pour faire un style. Il faut chercher un peu, trouver un bon DJ. On a aussi envie de faire des dates un peu plus rock, coldwave, EDM, dans cet esprit-là. Des styles qu’on a jamais fait et qu’on a envie d’explorer pour se faire plaisir.

 

 

Tu as ouvert le café Zimmerman il y a trois ans et demi (août 2016), le Black Lilith l’année dernière. Tu dois consacrer énormément de temps à ces deux bébés, non ?

C’est beaucoup beaucoup d’énergie, mais en même temps c’est cool. Le Zim’ j’y passe tous les jours mais maintenant il tourne tout seul. J’y suis par plaisir mais ça me prend moins de temps. C’est surtout le club qui me prend du temps. Tout ce qui est ressources humaines. Il y a entre 10 et 15 salariés selon les périodes de l’année, beaucoup de prestataires, des stagiaires, une alternante. La prog et la communication demandent beaucoup de temps également. Au total je dois bien consacrer 80 heures au club par semaine. C’est costaud.

 

C’était un pari risqué de reprendre le Vertigo pour en faire le Black Lilith. D’un côté il existe une clientèle qu’il ne faudrait pas perdre, et de l’autre une envie de se détacher du nom existant. Comment as-tu géré cette dualité ?

Moi je n’avais aucune pression par rapport à ça. Je crois que ce sont les gens qui se sont fait un peu leur mythe autour de ça. Mais moi je n’avais pas de pression et pas vraiment d’inquiétudes par rapport à ça. Je pense que maintenant le Black Lilith est vraiment ancré à Grenoble. Il y a encore plein de choses à faire mais il y a un truc qui s’est créé. Je pense qu’on est partis pour durer un paquet de temps.

 

 

« Si on faisait une programmation exclusivement commerciale, on se gaverait »

 

 

En un an d’existence du Black Lilith, est-ce qu’il y a des choses qui t’ont surpris, auxquelles tu ne t’attendais pas ?

Je n’ai pas eu beaucoup de surprises. Je connais al ville, je suis né ici. Quand tu es né à Grenoble tu connais la ville par cœur. C’est petit, tu sais ce qui marche et ce qui ne marche pas, les bars où tout le monde va. Le gros avantage du club c’est son emplacement. En étant en centre-ville on a toujours une clientèle. Ce que je dis à tout le monde c’est que si on faisait une programmation exclusivement commerciale, on se gaverait. Le club est tout le temps rempli. Une bonne partie de la clientèle vient aussi parce que c’est dans le centre. Ils savent qu’on fait de la prog mais ils viennent souvent sans savoir ce qu’il y a. Donc l’avantage du club c’est que tu te foireras jamais, tu peux tenter des choses.

 

En reprenant les locaux du Vertigo, le Black Lilith s'est assuré une place de choix, en plein centre-ville

En reprenant les locaux du Vertigo, le Black Lilith s’est assuré une place de choix, en plein centre de Grenoble

 

Quels sont tes meilleurs souvenirs de cette année ?

Il y a certaines dates qui m’ont marqué. Celle de Pone par exemple. Mais il y en a aussi qui m’ont marqué sans forcément marquer le public. Peut-être qu’ils étaient pas prêts pour ça. Comme le passage de Teki Latex ou Manoo. Ce sont vraiment mes trois dates préférées depuis l’ouverture, pour des raisons différentes. Parce que c’est des tueurs. Il y a autre chose que je retiendrai et qui est à l’image du club : les « Black Lilith machine ». Des soirées où l’on ne passe que des gros tubes. Pas kitsch, mais des gros tubes. Du hip-hop des années 90-2000, des tubes disco. C’est ce qui représente le plus l’esprit que je voulais donner au club. Détendu, mélangé, zéro embrouille avec tous les styles et tous les âges dans la boîte. C’est une date plaisir et c’est l’esprit du Black Lilith à 200%.

 

 

« Détendu, mélangé, zéro embrouille avec tous les styles et tous les âges dans la boîte. C’est une date plaisir et c’est l’esprit du Black Lilith à 200%. »

 

 

Et pour les mauvais souvenirs ?

J’ai eu un peu un choc quand j’ai été confronté à une certaine clientèle. Je dirais que c’est l’aspect un peu péjoratif d’un « public de club ». Ces gens qui sont là pour consommer leur musique de façon égoïste. Je dirais que ça m’a un peu déçu car même si on veut faire un club qui ne soit pas une discothèque, on est confrontés au moins une fois par semaine à quelques personnes qui ont une vision arriérée de ce qu’est une boîte. Ils sont là pour consommer et c’est tout, sans respect.

C’est la même chose dans un bar. J’adore mon métier de barman mais tu es fréquemment confronté à l’impolitesse des gens. Qui ne disent pas bonjour ou qui te jettent leur carte bleue, le mec bourré qui va être agressif. Je dirais que c’est le fait de voir ce genre de personnes presque tous les jours qui a été une mauvaise surprise.

 

À l'origine, le Black Lilith devait être un compromis entre un bar, une boîte et une salle de concert. Aujourd'hui, c'est l'aspect "boîte" qui ressort le plus

À l’origine, le Black Lilith devait être un compromis entre un bar, une boîte et une salle de concert. Aujourd’hui, c’est l’aspect « boîte » qui ressort le plus

 

Être patron de boîte ça te permet de promouvoir la musique qui te plaît ?

Non, c’est même plutôt l’inverse en fait. Si je ne faisais que ce qui me plaît, je n’aurais pas un club. Je n’écoute pas forcément de musique électronique habituellement, alors qu’on en passe beaucoup au Black Lilith. Je suis plutôt branché folk, rock, hip-hop, soul, blues. Ce n’est pas forcément ce qui marche le mieux en boîte.

J’aime bien passer de tout pour ne pas m’ennuyer donc je ne passe pas que ce qui me plaît. Par exemple, la musique latine que l’on envisage de programmer bientôt ça ne correspond pas à ce que j’écoute. Pourtant je pense que ça serait une bonne idée pour la boîte car c’est un style qui représente ce que l’on veut offrir. Quelque chose de très ouvert, convivial. C’est ce qui me donne envie de la faire.

 

Quelles sont tes ambitions pour la suite ?

J’ai de nouveaux DJ’s résidents qui ont commencé il y a une dizaine de jours. Ça va super vite donc je suis très content. J’avais pas mal d’envies pour faire évoluer le club. Au niveau du son il y a toujours un travail à faire. Le principal est réglé vis-à-vis des normes acoustiques. Maintenant on est plus dans la recherche de la perfection et de la qualité du truc. On a prévu un très gros boulot sur la lumière aussi. Et j’ai aussi envie de développer la vidéo pour que les DJ’s puissent se faire plaisir. Et bien sûr toujours proposer des soirées cool et pas chères.

 

De nouvelles résidences sont prévues pour la suite du Black Lilith

De nouvelles résidences sont prévues pour la suite du Black Lilith

 

Comment se prépare la soirée des 1 an ?

La programmation est calée, on prépare pas mal de surprises pour marquer le coup et faire une date positive pour que les gens passent un bon moment. Je pense qu’on va faire un classique, un bon gros gâteau, champagne, à la cool, détente comme toujours. Sans prétention surtout. Je ne veux pas être ce patron qui fête son anniversaire avec une grosse date. Il faut que ce soit à l’image du club. On a invité des locaux avec Carton-Pâte Records et on va vraiment faire une soirée positive. Ce qui est vraiment important c’est de rappeler que le Black Lilith est un club pour les Grenoblois.

 

 


 

 

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