Cours accéléré pour le néophyte en métal, partie 1. Aujourd’hui : le Black Metoooool. Présupposés : vous n’avez rien contre les rythmiques saccadés à des tempos élevés (en termes techniques, un blast beat et autres finesses batteresques), ni les voix crépusculaires en mode sorcière mal réveillée, ou encore une profusion de guitares malsaines aux harmonies cadavériques. Sujet de notre étude de cas : le groupe grenoblois Hellixxir et son dernier album, « The Black Fortress ».

 
Hypothèse de départ : le Black Metal ne s’est développé que pour donner l’occasion à une bande d’hurluberlus capilairement avantagés de pouvoir secouer en rythme leurs chevelures luxuriantes tout en se prenant par les épaules. Allons-nous ici vérifier cette théorie avec Hellixxir ?

 
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Hellixxir et le challenge de « Black Fortress »

Hellixxir, ce n’est pas vraiment le petit groupe de jeunots fraichement sortis de leur salle de répète et qui s’est dit « Tiens, et si on enregistrait nos répètes et qu’on sortait un album ? ». Après plus de dix-huit ans d’activité, deux albums, un EP, et une compilation, on peut sans trop s’avancer dire qu’il s’agit là de musiciens d’expérience… Les petits gars semblent aimer prendre leur temps, en tous cas pour composer et sortir le résultat pleinement finalisé. En même temps leur musique n’est pas vraiment une éloge de la simplicité et nécessite un peu de travail…

Car oui, le métal c’est un peu l’école de la persévérance et de l’obstination. Et Hellixxir ne fait pas exception à la règle. Musicalement et techniquement, on a affaire à une bande de rudes gaillards à qui on ne la fait pas niveau instrumental. Les onze titres et la cinquantaine de minutes ne laissent pas vraiment de répit et c’est à une forteresse de métal que va se colleter l’auditeur. Prêt ?

Devant le challenge, le néophyte se découragera, voir même tombera dans un maelstrom démoniaque recrachant de la lave en fusion (en toute simplicité) tandis que les amateurs expérimentés se prépareront simplement à quelques écoutes prolongées dans une ambiance choisie et un état d’esprit ad-hoc (on vous l’a dit le métal est une école de perversion et d’abstinence… ou le contraire… enfin vous voyez quoi!)

 

Prise d’assaut en règle entre énergie brute et évocations malsaines

Première satisfaction dès la prime écoute, c’est la variété des influences du groupe et donc de la musique proposée. Il y en a pour tout le monde – et les amateurs de Black bien sûr – mais également de Thrash et autres joyeusetés pyrotechniques Death ne seront pas déçus.

On joue sur la force brute et les gros solos bien troussés (« By the Stars be Deceived », « Venomous Delight ») autant que sur des ambiances travaillées, moins flashy mais tout aussi efficaces (« Oxymoronic Way of Life », « Pure Contingency »). Le titre éponyme ainsi que « Wolf Behind Bars » semblent concentrer cette volonté du groupe de ne pas se limiter dans les genres tout en restant dans les cadres de leurs références.

 

 
Les Grenoblois maîtrisent sur le bout des doigts leur abcdaire du fan de métal extrême et l’ont assimilé goulument pour encore mieux le cracher aux oreilles de l’auditoire. Mais lorsqu’ils décident de mettre la pédale douce (en bref, tu confisques la double grosse caisse de ton batteur au moins sur certains passages) et proposent « Pure Contingency » ou encore un titre uniquement instrumental comme « Unremembered Thoughts », on apprécie leur capacité à peindre musicalement un paysage certes lugubre mais crédible et évocateur.

Quelques mélodies à la guitare et des riffs biens sentis accrochent l’oreille et permettent pour quelques minutes de se reposer un peu en se contentant de structures plus simples, ou tout du moins d’un peu plus d’immédiateté (à 5 minutes en moyenne par morceau on est loin du format radio, et cela fait du bien aussi de retrouver de temps en temps quelques jalons reconnaissables en chemin).

 

« The Voice » en mode catacombes

Comme toujours dans ce style, les voix risquent de brusquer un peu les jeunes padawans car ici on est vraiment dans la grande tradition black et death (rapidos de la voix saturée plutôt dans l’aigu pour l’un et plutôt dans le grave pour l’autre). Pour le coup c’est sans concessions et le parti pris est tenu jusqu’au bout avec efficacité et un gros travail de mise en place.

Il y a même de la variété grâce aux deux timbres différents et l’on est plutôt impatient de voir ça en live pour apprécier la performance in situ (parce que oui performance il y a autant techniquement que dans l’énergie à déployer en live pour faire vivre ce type de voix sans tomber dans une caricature dégueulasse ou le filet d’apprentie sorcière).

 

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© Olive Yeah Photographie

Après l’effort, le réconfort du live

Après quelques écoutes cette envie de voir vivre les 11 titres de l’album sur scène se fait plus pressante et c’est plutôt bon signe. Encore quelques passages sur le tourne-disque (ou sur la platine cd ou en replay sur votre site de streaming favori) et l’on se sentira suffisamment à l’aise avec la masse d’information musicale que représente ce « Black Fortress » pour l’apprécier à sa juste valeur.

Alors, et seulement alors, on pourra participer au sabbath salvateur pour l’ultime expérience de cette musique exigeante et sélective. Le courageux qui aura su aller jusqu’au bout et ce à plusieurs reprises pourra même dresser fièrement « obstination » et « persévérance », ses deux doigts préférés, en un ensemble harmonieux appelé aussi « cornes de métal » (merci Ronnie James pour cette belle invention et Ultra Vomit pour le doux nom francisé…) au bout d’un poing triomphant levé bien haut dans la fosse.

Et de conclure pour ce premier cours sur ces musiques parfois un peu repoussoires que sont le Black Metal et autres affiliés, que celles ci ne sont pas juste des prétextes pour rendre hommage à Jean Louis David en groupe. C’est bien à une exultation du corps prolongement de l’exultation de l’esprit après des dizaines d’écoutes d’une musique bien plus fine qu’on ne le pense et puissamment évocatrice comme peut l’être ce « Black Fortress » à laquelle on vous convie.

Rendez vous pour la release party samedi prochain (23 novembre) au Keep it Weird, afin de rentrer vous aussi dans le cercle des initiés …

 
 

ECOUTER L’ALBUM

 

"Black Fortress" : une leçon de metal extrême en 11 titres
7.7Note finale
Originalité 6
Technique9
Plaisir à écouter8
Avis des lecteurs 3 Avis
6.0
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