Les amoureux d’ambiance americana baignées de réverbes, où la guitare est conviée à jouer les premiers rôles, s’étaient donnés rendez-vous ce vendredi 17 avril à la Bobine. Les Grenoblois d’Holy Bones donnaient leur concert de lancement pour leur premier album « Silent Scream », et on attendait la soirée avec impatience ! Après un premier EP remarqué,  et une belle expérience live, c’est avec des ambitions et un show travaillé que le combo nous revient. Bienvenue dans leur monde peuplé de grands espaces aux lignes droites saturées de soleil et de poussière, pour une balade musicale évocatrice entre chien et loup…

 

Logar, une première partie qui envoie le bois !

Avec la lourde charge de chauffer un public déjà plutôt nombreux, le groupe Lyonnais n’y va pas par quatre chemins et se présente dans la lignée des songwriters arpenteurs de routes et conteurs d’histoires. Une guitare, une voix et des textes en anglais autobiographiques : rien de révolutionnaire, mais de l’artisanat de qualité affiné et poli par le temps et les concerts.

Le jeu en picking à la guitare ronronne comme une locomotive bien huilée. Cette assise solide met en avant une dynamique précise et un rythme sans faille au service d’un chant érigé en attraction principale. La voix est chaleureuse, bien posée, et si l’on remarque parfois une forme de monotonie dans les mélodies et la métrique, on se laisse vite bercer par le roulement des mots.

Logar prend le temps entre chaque titre d’expliquer, évoquer le pourquoi du comment de son inspiration. La reprise d’Elliott Smith surprend par son côté solide et volontaire, pratiquement à l’opposé de l’originale. Une petite demie heure plus tard, Logar a réussi son pari de nous mettre dans l’ambiance tout en nous donnant l’envie de rejeter une oreille sur son travail.

 

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Holy Bones : un concert entre ombres et lumières

Holy Bones avait promis un set en CinémaScope avec des projections en arrière plan sur certains titres, mais c’est sur une note plus intimiste et uniquement musicale que le set commence. Les réverbes sont poussées pour donner de l’espace à la musique, les tempos, posés, sont eux propices à la contemplation. Chaque note semble compter double pour une évocation sonore réussie.

La voix de François, sombre et chaleureuse, convient parfaitement au style, et ses petites incartades en voix de tête typiques du style sonnent plus vraies que nature. Les structures et le jeu de guitare épurés ont cette qualité des titres que l’on semble déjà connaître avant même de les avoir entendu.

La guitare de Vincent et sa Telecaster jouent à plein leur rôle de contrepoint, amenant tour à tour la mélodie qui fait décoller un titre, ou l’arrière plan sonore qui fait mouche. La basse et les quelques éléments percussifs joués par François savent se faire minimalistes. Compléments utiles mais non indispensables, ils ont le bon goût de ne pas jouer les importuns, en laissant la place qui revient aux guitares et à la voix.

On regrettera juste une prédominance des basses dans le son de ce soir. Flatteur dans un premier temps pour le bas ventre du spectateur, mais manquant complètement de pertinence dans le contexte de Holy Bones. Les parties de guitare aériennes ont pour vocation à s’étirer, et à occuper le maximum du spectre sonore sans autre intermédiaire.

 


 

Une musique en CinémaScope

Si une atmosphère plutôt recueillie et sombre semble au cœur de la musique de Holy Bones, quelques rayons de soleil percent de temps en temps. Une incartade hispanisante rappelle que la frontière avec le Mexique n’est jamais bien loin dans les déserts du sud des États Unis. Elle vient intelligemment nuancer le concert en milieu de set, et apporter une note plus légère sans dépareiller.

Les quelques vidéos sont, sans surprise, une vraie plus-value dans une musique dont on a dit et répétée qu’elle était éminemment cinématographique. Les couleurs saturées du film de Terrence Malick « la balade sauvage » viennent côtoyer celles plus léchées et maîtrisées de « Losing it all » 1er extrait clippé de l’album. L’univers du groupe se place toujours entre ombre et lumière, à la croisée de l’âme humaine et de ses changements d’humeurs. Ces images parfois répétitives mais toujours choisies avec goût, permettent de reconstituer aussi un peu de l’univers qui a inspiré François au moment de composer.

Le public ne s’y est pas trompé ce soir, venant en nombre accueillir cet ovni musical au sein de nos montagnes. A la recherche des grands espaces, des moments de contemplation en symbiose avec la nature, Holy Bones répond avec goût et charisme. Il y avait ce soir, dans l’air de la Bobine un peu de poussière lumineuse de la route 66, mais aussi les ombres projetées des hautes forêts sombres où l’homme peut sans peine venir se perdre dans ses pensées et se laisser aller à la mélancolie. Une belle soirée qui en annonce certainement d’autres ici ou ailleurs, tant les Grenoblois semblent vouloir réussir dés leur 1er album à imposer leur univers personnel et référencé.

 


Photographies : © Claire Desfrançois

 

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