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Pourquoi « Grenoble calling » et pas « Gre up Stand up » ? La référence à The Clash plutôt qu’à Bob Marley semble évidente quand on voit que Nicolas Bonanni et Margaux Capelier, les deux auteurs de ce livre-cd sorti en mai 2021, ne s’intéressent pas à toute la musique qui a traversé Grenoble depuis 40 ans mais seulement à la scène punk et aux lieux qui l’ont fait vivre : disquaires, squats, associations et salles de concerts. Un moyen de se rendre compte que la ville, dont l’image est le plus souvent associée au reggae (merci Sinsé) ou à la musique électro, a aussi connu les remous du punk et des ses rejetons plus ou moins avouables hardcore, crusts, oï et autres bâtards mal torchés. Bienvenue à Grenoble, punk rock city ! Sortez la colle et vos Dr Martens, votre vieux cuir et votre pack de bière tiède, immersion garantie dans une époque presque déjà disparue…

 

Adoptant un plan chronologique, c’est au début des années 80′ que l’histoire commence et va se dérouler sur ces quatre décennies. Les témoignages des survivants de l’époque musiciens et activistes se succèdent, tout comme les styles entre punk à l’anglaise, cold et dark wave, alterno, hardcore, crust, noise-prog, synth punk …

Le panel est large mais finalement, au-delà des styles, c’est surtout une façon d’envisager la musique comme une forme d’engagement qui est le fil directeur de l’ouvrage.

 

Grenoble calling : « Finalement, c’est ma vie le punk »

Et tout d’abord parce qu’à l’époque, se « lancer » dans la musique c’est toute une histoire que les témoins prennent plaisir à partager, d’autant que, souvent, ils étaient aux premières loges en tant que musiciens, disquaires, adolescents au bon endroit au bon moment…

On hallucine devant la faune improbable qui prend vie à travers ces récits, l’aventure que représentait pour certains la création d’un groupe mais aussi une certaine forme de violence qui trouvait une finalité à travers la musique.

On a un peu l’impression que, pour ces jeunes, entrer dans ce monde, c’était un peu comme entrer en religion. Et quand on a la foi, on peut soulever les montagnes (de bières, de disques, d’amplis, à vous de choisir…).

Avec les années 90 et 2000, le livre se décentre et l’engagement se poursuit à travers les squats, associations et salles qui vont investir les friches industrielles et qui semblent alors couvrir une grande partie de l’agglomération. Les récits naviguent de squat en squat entre descentes policières, came et ateliers bricolages grandeur nature.

« Grenoble calling » témoigne d’une vie à haute intensité où les idéaux sont des moteurs puissants jusqu’à la combustion complète ou partielle du pilote parfois…

Des noms de lieux ressurgissent de la mémoire et c’est avec une vraie curiosité que l’on observe comment, sur une trentaine d’années, la ville a évolué par phase et suivant les quartiers des friches géantes des années 80, au paradis des squats des années 90-2000, jusqu’à la difficulté actuelle de maintenir ces lieux. Ceux-ci, par définition, ne sont pas voués à durer et leur évocation se succède à tel point que l’on se perd un peu.

La deuxième partie du livre est d’ailleurs un peu moins intéressante au niveau musical, avec un rôle moins central laissé aux groupes, pour se concentrer sur les structures qui les accompagne. Elle laisse la part belle à un engagement plus politique ou social au sein de mouvements féministes, LGBTQ, altermondialistes dont la démarche rejoint et complète l’engagement culturel d’une scène alternative au sens large du terme, ouverte à toutes les expériences.

On se rend compte des permanences qui subsistent que l’on soit musiciens, activiste, animateur radio, créateur de fanzine, spectateur et souvent un peu tout ça à la fois. Dans ce milieu un peu à part, l’engagement est autant moral que physique, une volonté maladive de ne pas être un consommateur passif mais un acteur conscient anime tous ces témoignages.

 

 

« Bah ! On a bien rigolé quand même toute cette période »

La mise en page est habile et particulièrement adaptée à cette histoire orale qui se déroule comme un dialogue où l’on voit également des témoins revenir et évoluer suivant les périodes.

On en reconnaît certains, on se demande pour d’autres et surtout on s’interroge sur la propre vacuité de sa vie lorsque l’on se rend compte être passé à côté d’une partie d’une scène musicale fourmillante de projets, de lieux et groupes dont on n’a jamais entendu parler ou presque (et pourtant on ne peut pas dire que j’ignore tout de la scène locale depuis 20 ans…).

On apprécie le travail d’investigation des deux auteurs tout en se disant (et ils le reconnaissent eux mêmes) que le sujet est par essence non exhaustif. Et ce qui semble une limite montre juste à quel point la lecture de ce livre peut être passionnante et revigorante.

On en veut plus avec d’autres témoins, d’autres scènes dont on sait qu’elles ont été tout aussi importantes à certaines époques, d’autres associations et tout autant d’anecdotes qui dorment dans les mémoires et ne demandent qu’à ressurgir !

On rêve mais surtout on se dit qu’au moins, pour cette scène-là, le travail est fait et ne sera pas entièrement perdu pour les lecteurs.

Si il est évident que ceux qui ont vécu cette période vont forcément se retrouver dans ce livre, ne vous arrêtez pas à ce seul critère pour vous plonger dans « Grenoble calling ». D’abord, c’est une lecture plaisante, vive, imagée avec des chapitres ramassés servis par une narration efficace dont il faut féliciter les auteurs.

Ensuite, quelque soit l’âge ou même l’origine géographique ou sociale du lecteur, par les questions qu’il pose et pour son statut de témoignage sociologique et historique qui finalement vaut pour n’importe quelle ville de province en France, chacun peut y trouver un enseignement, un retour d’expérience à appliquer à sa propre situation.

Les valeurs évoquées sont souvent belles et redonnent foi (un peu…) dans une culture réellement alternative, hors des institutions et de l’argent placé comme maître étalon. Si vous ajoutez que l’objet est beau et qu’il vient avec un CD illustrant les groupes cités dans le livre, vous savez ce qu’il vous reste à faire !

 

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