Se faire plaisir pour la bonne cause. C’est un peu le leitmotiv de Clinique Sonore, une association lyonnaise qui a débarqué à Grenoble le temps d’un mini-festival : Polyphonik, du 23 au 25 novembre. Deux journées d’ateliers et de conférences, et deux soirées avec huit artistes dont les bénéfices sont entièrement reversés à dix associations locales. Rencontre avec Alex et Maxence, deux des trois cerveaux qui pilotent ce projet.

 

Comment s’est monté le projet des soirées caritatives ?

[Alex] C’est un projet qui s’est monté il y a maintenant deux ans. Medhi est arrivé il y a deux ans et Maxence l’année dernière. Dès le début nous avions décidé de tout consacrer au caritatif pour allier la musique électro, l’événementiel et le caritatif. Afin de reverser les bénéfices des soirées à des associations. C’est un moyen de changer les mentalités et d’inviter les personnes qui participent à nos événements à participer à ces projets de solidarité. Derrière tout ce mouvement électro on parle beaucoup de solidarité mais il n’y avait pas vraiment d’actions menées dans ce sens.

 

D’où les soirées Polyphonik…

[Alex] Polyphonik c’est l’aboutissement d’années d’événementiel et de soirées pour arriver à une finalité. C’est un projet qui se décompose en plusieurs parties. La musique se retrouve dans les soirées mais ne se mélange pas au reste. Aujourd’hui (samedi) on a fait une journée de conférences avec des stands caritatifs qui ne seront pas présents lors de la soirée. Il faut vraiment différencier les soirées où les gens viennent s’amuser, l’aspect caritatif que l’on retrouve l’après-midi où les gens viennent spécialement pour ça.

 

polyphonik - clinique sonore

Alex a.k.a Zahir (à gauche), DJ et membre du collectif Clinique sonore

[Maxence] Tu as plus l’occasion de présenter ton association et d’échanger avec le public sur un après-midi. Lors des soirées les gens prennent conscience qu’il y a une association mais ne prennent pas forcément le temps de s’y intéresser. Ce qui est compréhensible, car ils sont là pour s’amuser. Le fait de décomposer permet de donner la parole au milieu associatif face à un public réceptif, dans un contexte approprié.

[Alex] Le cadre est important. Lors d’une soirée où il y a de la musique tu ne vas pas parler pendant une demi-heure avec une association. Tu peux le faire, mais on a vu avec l’expérience que ça ne prenait pas.

 

Comment est-ce que vous impliquez les associations dans le projet ?

[Maxence] On s’est adressé uniquement à des associations locales. Le but c’est vraiment de montrer aux Grenoblois toutes les structures qui sont présentes dans leur ville. En ce qui concerne le démarchage, toutes les associations auxquelles on a présenté le projet ont adhéré. Bien sûr c’est plus ou moins compliqué de les mobiliser en fonction de leur nombre de bénévoles. Quoi qu’il en soit on a vu qu’il y avait une bonne énergie derrière le projet. Chaque association avait envie de se faire connaître et de rencontrer un public qu’elle n’avait pas l’habitude de voir. En effet notre public est assez jeune et notre objectif c’est de le sensibiliser à des causes et à la solidarité.

 

Comment vous-êtes vous intégré au tissu associatif grenoblois en tant que Lyonnais ?

[Alex] On est passé par le label Carton-Pâte Records que l’on connaissait déjà par un de ses DJ. Nous avons également sollicité LGNE et Bonkers qui sont des associations grenobloises avec lesquelles on avait déjà travaillé en dehors de Clinique Sonore. On connait les salles de Grenoble, mais pas spécialement le public grenoblois. C’est notre tout premier événement ici en tant que Clinique Sonore.

 

clinique sonore - polyphonik

Les associations qui participent aux projets de Clinique sonore sont variées, elles peuvent s’occuper de charité comme de développement culturel

Quelles associations avez-vous retenu pour Polyphonik ?

[Maxence] Il y a l’association Rêves, qui réalise les souhaits des enfants malades. Il y a LPO Isère qui agit pour la biodiversité. La Corderie, qui est une pépinière d’entreprises et un espace d’artisanat. Les Petits frères des pauvres. New Creation Auroville qui finance une école et des échanges culturels en Inde. Au niveau musical il y a Roots’n’Culture qui a aussi une démarche caritative. Sylha qui est un mode de paiement alternatif qui finance le secteur associatif. Et enfin Acidrose qui est un collectif d’artistes.

 

Comment s’est passée la première soirée de vendredi ?

[Alex] C’était vraiment sympa, très axé sur la musique avec du reggae, de la dub, de la drum & bass et de la trance. On a fait une centaine d’entrées avec une très bonne ambiance. Les stands des associations n’étaient pas encore en place donc tout l’espace était disponible pour danser. On a vraiment vu l’impact de l’aspect caritatif car les gens savaient qu’il y aurait des conférences et que la solidarité était le but du festival.

 
polyphonik electro grenoble
 

Ce n’est déjà pas facile d’être rentable en organisant des soirées. Encore moins en reversant les bénéfices à des associations. Pourquoi avoir pris ce « risque » ?

[Alex] Ce n’est pas vraiment un risque. À partir du moment où l’on est pas déficitaires sur une soirée c’est le principal. Pour ce qui est de l’argent on arrive à constituer un réseau. On fonctionne avec des amis, des assos, on fait des appels à projet. Étant donné que l’on organise un événement solidaire, on demande aussi un peu de solidarité aux personnes que l’on fait venir, notamment aux artistes vis-à-vis des cachets. Le but est vraiment de tout redistribuer et que l’on puisse proposer de nouveaux événements.

[Maxence] C’est un risque que l’on prend mais c’est surtout une dose de travail supplémentaire, de stress et de logistique. Quand on organise une soirée de 22h à 6h, on investit un certain montant, on fait un certain nombre d’entrées, on prend un montant et on ré-investit derrière. Nous c’est pareil mais il y a une charge supplémentaire puisqu’il y a des associations caritatives à présenter, à faire venir et à financer derrière. On ne va pas se le cacher toutes nos soirées ne sont pas rentables. Mais on continue parce que ça nous permet d’expérimenter de nouveaux projets. On va continuer à s’améliorer pour créer des événements plus rentables et mieux organisés.

 

dj - polyphonik - clinique sonore

Les DJs qui participent aux soirées de Clinique sonore acceptent généralement de « faire un effort vis-à-vis des cachets », par solidarité

Comment voyez-vous l’avenir de Clinique Sonore ?

[Maxence] Le but serait d’arriver à exporter le concept au niveau national. Pour le moment nous sommes présents à Grenoble mais on aimerait aller jusqu’à Bordeaux, Montpellier, Toulouse… Essayer d’aller dans chaque ville, proposer ce format de festival et démarcher les associations locales pour les présenter à un jeune public.

[Alex] La prochaine étape sera peut-être de travailler plus avec les régions et les mairies pour toucher un public plus large que notre  propre réseau événementiel et culturel. En travaillant plus avec les institutions, on pourrait montrer que l’on veut dynamiser le tissu associatif. Il est primordial de dépasser le stade de notre propre réseau.