Après 10 ans à roder sa voix et ses compositions sur les scènes locales, Julie Bally a décidé de passer enfin la vitesse supérieure en enregistrant 5 titres qui composent l’EP « Where happiness born ». Concentré de références à ses premiers amours musicaux mais également témoignage de son évolution en tant que musicienne, c’est un peu comme si l’on entrait dans la tête de la jeune musicienne pour y découvrir un univers pleins de contrastes mais également une artiste habitée et sincère.

 

Cinq titres entre clarté et obscurité

 
C’est sur un léger larsen et un arpège répétitif et lancinant que commence « Pieces of art », premier des 5 titres de l’ep. Une voix grave sur une mélodie lancinante vient accentuer encore l’effet sombre et un peu lugubre de ces premières secondes qui vont assez vite évoluer vers une mélodie plus affirmée et des arrangements plus fouillés. Le passage au 2° couplet nous replonge dans cette ambiance pesante avant de repartir. Cette alternance de clair et d’obscur va nous suivre tout le long de l’écoute des 5 titres comme un négatif photographique où les nuances ont du mal à s’affirmer mais où les plages sombres et lumineuses s’affrontent presque côte à côte.

 
julie bally where happiness born
 

La voix tantôt grave et pleine de grain prend des accents à la Courtney Love avant de s’envoler vers des notes plus aériennes où l’influence de PJ Harvey se fait peut être plus sentir (« Where happiness born »). Sur « Day » on sent même des petites inflexions à la Kate Bush dans une voix qui semble explorer ses possibilités. Cette voix toujours habitée et qui sait jouer habilement entre les intentions est le fil directeur de ces 5 titres avec des mélodies qui au fur et à mesure des écoutes font oublier leur aspect le plus immédiat pour laisser apparaître cette fois ci bien plus de nuances.

 

Un mélange des genres risqué

 
Les arrangements témoignent également de cette ambiance toute en contraste. On sent clairement deux esthétiques s’affronter, tant il est parfois difficile de concilier les influences des années 90 avec une guitare qui joue les premiers rôles dans une dynamique plutôt rock, et les années 80 où la boite à rythme scande la musique comme un marteau pilon d’usine : régulier et sans nuances.

Les rythmiques plus organiques alternent avec des boites à rythmes froides et sèches. Les autres instruments se mettant au diapason laissant tout à tour la part belle aux machines comme dans « Sunday Evening » ou « Where happiness born » pour laisser ensuite des arpèges de guitare légèrement saturés et une basse très brut prendre le dessus dans « Pieces of art » ou « A whisper in your tears ».

 
julie bally cuvee grenobloise 2018 - prunier sauvage grenoble - rock grenoble
 

On cherche parfois la cohérence entre des titres qui balancent tantôt d’un côté tantôt de l’autre. L’ approche qui reste finalement simple autour d’un très traditionnelle basse-batterie-guitare, les choix de production avec une voix très en avant et un son assez sec sont autant de points de repères tout au long des 5 morceaux mais n’enlèvent pas cette impression d’un camaïeu sombre où les nuances intermédiaires semblent parfois manquer d’un titre au suivant.

Ce premier EP prend alors vraiment l’allure d’un galop d’essai où Julie Bally semble encore en recherche d’une identité sonore conciliant ses influences, ses envies et son évolution en tant que songwriteuse. Les qualités essentielles à ce type d’album sont sans aucun doutes bien présentes : les intentions, la voix, les mélodies, tous ces éléments donnant encore plus envie d’entendre dans une prochaine production une personnalité plus affirmée qui aurait enfin assimiler ses références pour laisser sa voix propre émerger.

 


 

"Where happiness born" de Julie Bally : 50 shades of darkness
7.7Note finale
Originalité7
Technique7
Plaisir à écouter9
Avis des lecteurs 5 Avis
6.7