Premier vrai concert de la rentrée ce soir à La Source de Fontaine (24 septembre), et déjà un sentiment de fin de saison alors que nous sommes encore en Septembre. Alors que Moonrite et Cannibale inaugurent de bien belle manière le retour de la musique dans cette belle enceinte fontainoise, on se demande juste si ce ne sera pas la première et dernière fois pour 2020. Paradoxal, mais la soirée s’annonce de toute façon étrange quoi que l’on fasse…
 

Suivez les flèches, c’est tout droit !

A peine arrivé à la Source, et le jeu de piste commence. Une flèche pour aller aux tickets, une autre pour aller au bar : « ha mais non il faut pas rester au milieu du couloir, vous avez une 2° zone bar là bas au fond ». Ou comment transformer une salle de concert intimiste (ha les souvenirs de Pogo Car Crash Control dans ce même lieu…) en bar secondaire avec grand écran pour assister au concert de la grande salle, tout en sirotant un verre en toute quiétude sanitaire. On ressort, on suit les flèches… paf sens interdit, demi tour, créneau, dérapage. Vous étiez venus pour voir un concert, et ça se finit en cours de conduite accompagnée !

Au-delà de l’impression bizarre de ne jamais prendre le bon chemin dans le bon sens, et de toujours être au mauvais endroit au mauvais moment, on imagine aisément le casse-tête que représente le protocole sanitaire pour ces lieux. Prévues à l’origine pour que les gens se mêlent, se rencontrent, discutent et passent un moment de partage maintenant interdit, ces salles doivent concilier deux éléments antagonistes : garder une dimension humaine à des événements culturels quand tout est fait pour limiter ces mêmes échanges humains… La grande chance, c’est qu’à Fontaine il y a déjà une grande salle avec gradins, et que jusqu’à nouvel ordre tous les concerts pourront se faire ici en respectant les distances nécessaires tout en profitant d’un très bon son.

Et c’est peu dire que Moonrite va profiter pleinement de cet écrin pour faire sonner sa musique comme un véritable orchestre symphonique…
 

« Col roulé tu mettras si de la batterie tu ne joues pas » (proverbe Moonritien)

Le duo qui se présente tout de noir vêtu, pantalons au pli impeccable et cols roulés rehaussés d’une breloque ésotérique nous la joue gothique 70’s tout en n’oubliant pas que nous sommes en 2020 (sacré millésime!). Derrière ses futs, Julien est au charbon et met la machine Moonrite sur des rails bien rocks avec des patterns simples mais puissantes, préférant miser sur l’efficacité plutôt que sur la démonstration. Le col roulé se révèle au bout de quelques minutes une moins bonne idée que prévue, mais quand il s’agit du style, des sacrifices sont parfois nécessaires ! De l’autre côté, Yann se démultiplie derrière ses claviers, assurant en toute nonchalance la basse main gauche, les garnitures mélodiques main droite tout en jouant des pieds pour lancer effets et autres grêles de reverb, pendant que la voix se charge d’assurer le service après vente. Produire une musique aussi puissante et complexe à deux ne s’improvise pas, et les frangins semblent avoir trouvé la recette.

 

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© Vincent Azaïs

Si l’on navigue dans une musique plutôt 70’s / 80’s de par les sons d’orgue, de farfisas et la voix noyée dans une réverbe assez froide, le jeu de basse profond et hypnotique qui confine au mammouthesque rend l’ensemble extrêmement puissant et actuel. Ces lignes simples et répétitives tendent vers une sorte d’hypnose transcendantale, mais ce côté un peu psyché et a le bon goût de ne pas s’étendre plus que de raison. Quelques parties instrumentales plus barrées, des expérimentations sonores sages qui gardent le format pop et l’on repart efficacement sur une rythmique simple mais d’autant plus efficace qu’elle n’est pas issue d’une machine. C’est que dans la musique de Moonrite, tout est une question d’équilibre entre les longues intros et des parties plus accrocheuses, les boucles répétitives et des breaks plus incisifs, les différents instruments et la voix. On sent un certain sens de la composition et de ce qui fait la marque de fabrique du combo tant musicalement que visuellement. Si certains peuvent reprocher que tout a un petit air de redite au bout d’une demie-heure, on peut aussi se dire que c’est ce qui s’appelle imposer son style !
 

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© Claire Desfrançois

« N’hésitez pas à NE PAS vous rapprocher de la scène »

Après ce hors d’œuvre de spécialités locales, place à la pièce centrale avec les Normands de Cannibale que je découvre juste ce soir. Rapide fact-checking pour apprendre que les gars ont sorti leur dernier album « No mercy for love » sur Born Bad Records (donc c’est un petit peu la hype tout de même) où leur musique est qualifiée de « sorte de garage réunionnais »… Ok, avec un point de départ comme ça le plat de résistance va peut être se transformer en digestif plus rapidement que prévu : un petit verre pas trop rempli vite pris pour la politesse mais qui appelle pas forcément à s’attarder.
 

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© Claire Desfrançois

Pour le coup, et même si je suis pas un forcené de ce style, les Cannibale vont tout de même très bien faire le job et je vais même reprendre plusieurs rasades de leur cocktail afrobeat / disco dépressif avec un petit parapluie de folie pour couronner le tout. Ce qui sera le plus surprenant durant tout ce set, et que je n’avais pas autant ressenti avec Moonrite, c’est l’extrême paradoxe d’un concert où le premier but des musiciens est de rentrer dans votre cerveau pour vous obliger à bouger, danser, taper du pied lorsque la situation impose de rester à sa place sans trop bouger… Le chanteur de Cannibale se retrouve presque seul à pouvoir librement se déplacer, danser et pleinement vivre sa musique (ce qu’il ne manquera pas de faire avec un détachement et un manque d’inhibition qui ne peut laisser qu’admiratif l’introverti que je suis) tandis que le public restera strictement assis ou tout du moins debout à proximité de sa place. Certains irréductibles se lèveront sans quitter leur périmètre réservé allant même jusqu’à tenter quelques pas en direction du plateau, ce qui ne changera rien à l’incongruité de la situation et au décalage ressenti pendant une bonne heure.

 

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© Vincent Azaïs

La question de savoir s’il faut continuer à proposer des concerts même assis, même en jauge réduite, est d’abord à poser aux groupes qui se retrouvent seuls sur le plateau à supporter cette situation si particulière. Mais il est vrai que du point de vue du spectateur, la question peut également se poser. Si certaines musiques et ambiances se prêtent plutôt bien à ces conditions, ce n’est pas le cas de toutes. Les salles et leurs équipes doivent continuer à vivre, les associations à rester en vie, mais ça n’enlève pas le sentiment de quelque chose d’un peu anormal et complètement décalé. Au final, ces concerts resteront certainement dans la mémoire des artistes ou du public, mais pour des raisons qui ont finalement peu à voir avec la musique… ce qui est somme toute bien… paradoxal !

 


 

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