Ce vendredi 21 septembre, les Abattoirs de Bourgoin-Jallieu accueilleront les loustics du Bonk. Créé en 2012 et produit par ATEA Production, ces bêtes de scène, pionniers de l’Électro Brass, offriront une nouvelle fois à n’en point douter un live énergique et habité. Rencontre avec Virgile et Jean, membres de cette folle « chimère musicale »

 

Qui sont les membres du groupe et leurs instruments respectifs ?

[Virgile] : Aux machines et à la voix, il y a Martin Massier. Lui s’occupe plutôt de tout ce qui est séquences, c’est-à-dire de passer d’une boucle à l’autre. S’il n’était pas là on resterait toujours sur l’introduction quoi. Il s’occupe aussi de ce que l’on appelle les cuts. […] Le deuxième machiniste c’est moi, Virgile Delmas. Je fais toute la compo du groupe, de la partie électronique. Sur scène, je joue beaucoup les effets sur les synthétiseurs […] c’est moi qui fais le rap [et la voix lead].

 

© Benoit Meyerstein

[Jean] : Après il y a le trompettiste qui s’appelle Alberto Bertinato. Il est italien d’origine, passionné de musique des Balkans. Si tu lui files un ordi, les deux heures devant lui il va aller regarder des images, des vidéos youtube de mariages balkans. […] C’est un gros geek de toute la musique serbe, macédonienne, roumaine. Il parle même le rom pour te dire. S’il voit des musiciens roms dans la rue qui jouent bien, il peut leur parler, leur demander des collaborations.

Ensuite au saxophone, tu as Clément Graindorge. C’est le titulaire mais il va partir quelques mois en voyage, il sera remplacé pour les neuf mois qui viennent. […] Et moi, Jean Delaval, […] je suis le batteur et comme tous mes potes on fait aussi les chœurs, on a tous un micro-voix.

 

Comment vous est venue l’idée de créer un groupe hybride ?

[Virgile] : Cette idée s’est un peu imposée à nous. Avant d’être l’histoire d’un groupe, c’est l’histoire d’une colocation. Il se trouve que j’avais une grosse coloc à Villeurbanne qui s’appelait « Le bon coin » puisque c’était dans le quartier du Bon Coin. J’avais pleins de potes teufeurs et un jour tous mes potes teufeurs se cassent parce qu’ils ont tous pris un camion et du coup il faut que je trouve de nouveaux colocs.

 

© Fanny Magot

J’ai trouvé des potes de potes par une association qui est le Karnaval Humanitaire qui organisait déjà un festival à Villeurbanne . Dans cette bande de potes il y avait des musiciens qui étaient intéressés parce que dans cette coloc-là on avait un sous-sol dans lequel on faisait du son à gogo toute la journée pour préparer des sons de rave parties et on pouvait aussi faire une salle de répét. C’est comme ça que j’ai rencontré le saxophoniste et le trompettiste, ils se sont installés en coloc avec moi et ils avaient comme pote Jean qui était déjà batteur et jouait avec eux dans d’autres groupes. […]

On partageait cette salle de répét au sous-sol et on s’est dit pourquoi on essayerait pas de faire des choses ensemble vu qu’on n’arrive pas à s’entendre sur les devoirs de répét. On est devenus très bons potes et à la fin de la première année on a commencé à faire des sons et très très vite on a réussi à sortir une dizaine de morceaux.

 

« Au départ, ça a vraiment été un groupe créé pour le live »

 

[Jean] : J’ai un souvenir d’un premier concert quasiment improvisé où Virgile avait déjà ses tracks qu’il utilisait dans des rave parties. […] J’avais même pas une batterie, juste un tumbas, une caisse claire et une cymbale et on a regardé ce que ça donnait sur le public. On a vu que ça marchait super bien, que nous on s’était éclatés à faire ça et on s’est dit on va le construire, le structurer, écrire des parties, vraiment. Mais au départ, ça a vraiment été un groupe créé pour le live.

 

Vous avez développé un style particulier : l’« Electro Brass ». Comment en êtes-vous devenus les « pionniers » ?

[Virgile] : On a monté le groupe à un moment où autour de nous ça bougeait pas mal sur cette idée-là de mélanger de l’électro avec des cuivres. T’avais des trucs comme DJ Shantel, Disco Partizani, ou des trucs comme électro swing. […]

[Jean] : Il y avait aussi Anakronic Electro Orkestra qui nous a pas mal influencé.

[Virgile] : Par contre on trouvait que le son qu’on produisait c’était pas aussi [policé]. […] Nous on voulait vraiment mélanger un truc électro punk et la musique des Balkans et des côtés jazz.

[Jean] : New-Orleans !

[Virgile] : Du coup ça sonne pas vraiment comme on entendait sonner à cette époque-là et on s’est dit vas-y on tente « Electro Brass ». […]

[Jean] : Il existe deux trois groupes d’Electro Brass seulement en France.

 

Votre musique fait penser à un joyeux bordel qui fonctionne, comment la décririez-vous ?

[Virgile] : On n’est pas du tout dans l’épuration et ça on l’assume un peu. Il y a un côté punk qui est un peu affrontement entre la machine et les cuivres. […] C’est un truc un peu punk, c’est pas du tout aseptisé justement. […] Le premier [album] c’était vraiment on superposait des lignes par dessus des autres. Pour le deuxième album, parfois ça fonctionnait très bien, parfois c’était un joyeux bordel, on a commencé à penser un peu plus à quelle partie on jouait. Par exemple avec Jean […] on a commencé à dire toi tu ne prends que la batterie et moi je prends les samples un peu bizarres.

[Jean] : Il y a une ligne de crête entre joyeux bordel et brouillon qui est rapidement franchie donc on a essayé d’enlever tout le côté brouillon pour ne garder que le joyeux bordel.

 

« Le Bonk, c’est fait pour le vivre »

 

[Virgile] : Ce qu’il faut comprendre c’est qu’on n’est pas partis d’une idée, on veut créer une esthétique, on veut créer du résultat. Le Bonk, c’est fait pour le vivre, c’est pas juste écouter dans son salon. L’idée c’est d’avoir une musique super efficace quand tu veux faire la fête et après passe des émotions en fonction des influences de chacun. […]

[Jean] : Moi j’adore tout ce qui est rock, musique afro et musique latine. […] Au niveau des influences, elles sont très larges mais ça se marie pas trop mal sur la base électro.

 

D’où vous vient votre énergie débordante sur scène ?

[Virgile] : Il y a un truc très important, c’est la grosse caisse et c’est vraiment le truc qui te maintient. J’ai toujours écrit des morceaux qui sont entre 120 et 140 bpm, c’est-à-dire assez rapides. Il y a l’idée que la musique elle doit être énergique et efficace. On a une présence sur scène qui est énorme parce qu’il y a des machinistes mais à côté tu as un batteur qui tape sur sa batterie pendant tout le concert comme un malade. Il y a les deux cuivres à l’avant et qui sont presque des solistes.

[Jean] : Ils remplacent quelque part un peu les chanteurs. Ils sont devant, ils mettent l’ambiance, ils peuvent danser tout en jouant. Ils sont très libres dans leurs mouvements en fait.

 

© Louise LV

[Virgile] : Et cette énergie elle nous vient, bin écoute c’est juste qu’on a envie de vivre parce que la vie c’est cool quand même et je crois qu’il faut en profiter, d’autant qu’on n’est pas sûrs qu’on puisse en profiter très longtemps. […] On est là aussi pour que quand tu viennes à un concert du Bonk, toute cette énergie on la dépense ensemble, on se lâche un peu quoi.

[Jean] : Nous-mêmes ça nous fait du bien, je pense qu’on a tous ressenti ça. Si pendant trois semaines un mois on n’a pas joué avec Le Bonk, le premier concert il fait du bien parce que ça a un côté exutoire, défoulatoire, que ce soit pour nous ou pour le public. […] On se donne à fond. Cette musique elle a été voulue pour ça aussi, s’oublier sur scène.

 

Quelques mots sur votre dernier EP «Dirty Sanchez » sorti en avril dernier ?

[Virgile] : (Il lit le synopsis de l’album) « Viens, pénètre nos ondes, laisse-toi envahir par cette pulsion et jouis avec nous d’honorer Dirty Sanchez en cet instant. Assouvis tes désirs, libère-toi de toute frustration. Profite, tout est permis, Dirty est là et veille sur nous. Tu n’es pas seul.e, nous sommes des milliers. Bisous. »

 

© Le Bonk

Ce que l’on a voulu dire dans l’album « Dirty Sanchez » après le premier qui s’appelait « Prototype », c’était un album où on mélangeait tous les genres. Après les premiers concerts on s’est dit qu’on arrivait à dégager une énergie, le public [aussi] et c’est un peu le bordel quand on fait un concert du Bonk […] du coup c’était un moment où on se lâchait. On a eu cette idée de faire une figure totem qui est Dirty Sanchez et qui serait un peu un truc qu’on honore à travers un rituel qui est un concert du Bonk où les gens se laissent aller à leurs pulsions.

[Jean] : Un rituel païen !

[Virgile] : Un truc dont on a un peu besoin dans notre société actuelle pour à la fois reconnecter les gens mais aussi se déconnecter du monde dans lequel on vit.

 

Une bonne humeur communicative, une musique qui envoie le bois, des personnalités attachantes et facétieuses… Le Bonk réunit tous les ingrédients pour passer un joli moment et s’évader le temps d’un live. Alors pour vivre l’expérience Bonk, rendez-vous le 21 septembre aux Abattoirs de Bourgoin-Jallieu.

 


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