Voila quelque chose d’assez inhabituel : je suis en train de m’éclater les oreilles avec une musique sans aucune guitare et où la plupart des instrus sont issus de machines… Surdité précoce, changement drastique de perspective esthétique ? En fait non, juste As A New Revolt qui nous présente « TXRX », le successeur de leur précédent EP « Speechless ». En 9 titres le duo hardcore électro noise grenoblois en remet une couche et enfonce peut être le clou final du cercueil de la musique à guitares !

 

Fuck Terminator, c’est la victoire des machines !

Les paradoxes ne font pas peur aux deux trublions de As A New Revolt. Composé de Julien à la batterie et Manu aux claviers/machines/chant, le duo ne veut pour autant pas faire une musique froide et désincarnée en mode pur électro, bien au contraire. Le travail de production est énorme pour amener des compositions matures et fourmillant de détails, avec des textures de sons que l’on imagine passées à la moulinette de compresseurs, filtres, plug-in et autres secrets de studio dans un travail de longue haleine.

 

as a new revolt TXRX

 

Sur tous les titres de « TXRX », on retrouve une très grosse basse bien crade et omniprésente qui va sans doute remonter tout le long de la colonne vertébrale en live histoire de bien se faire flatter le bas ventre. Là où l’on pourrait s’arrêter à un gros trip égotiste du style « c’est moi qui ai les plus grosses … basses », Manu ajoute toute une variété de sons qui viennent autant jouer un rôle rythmique que mélodique, donnant à chaque titre son identité sur le principe du « riff ».

Plutôt que de longues montées cassant l’énergie de titres plutôt courts, on retrouve des points de repères, des cassures, des répétitions de parties, ce qui somme toute fait beaucoup penser à une approche plus rock de la composition. Et comme si ça ne suffisait pas, le combo s’ingénie à vouloir donner à ces fameuses machines une chaleur que généralement on attribue plutôt à la musique jouée live par des musiciens. Quiconque a déjà vu As A New Revolt en concert a pu être surpris de la configuration du groupe. Les petits gars ne sont pas feignants et ne rechignent pas à porter de l’ampli, du caisson et à mettre leurs bras à contribution.

 

as a new revolt - scene locale grenoble

Julien de As A New Revolt © Guillaume Peyre

Tous les sons venant des machines sont repassés au travers d’amplis, de cabinets pour être ensuite repris en live, et rebalancés dans le système de la salle. On y retrouve la chaleur, le grain, l’énergie de vrais sons passés par le biais des amplis et ça fait toute la différence en live comme en studio. Les claviers sonnent comme des guitares ultra saturées, les basses grondent et gardent une vraie dynamique. La vraie bonne idée étant d’avoir gardé la pulsion primaire, le groove initial, avec une vraie batterie bien dynamique où Julien impose autant un jeu simple et frontal plutôt rock que des plans plus dubs, montrant une capacité d’adaptation et de composition plutôt rares.

On se retrouve avec une musique puissante et en même temps très groovy, empruntant au hip-hop américain de la fin des années 80 et des 90 mais également une ambiance sale, urbaine, oppressante et malsaine dans la veine de ce qu’a pu faire un certain Trent Reznor, autre grand malade de la console studio.

 

Renegades of Punk

Paradoxe ultime, peut-être lié aux références personnelles de votre serviteur, mais je ne peux m’empêcher de penser en écoutant ce « TXRX » à l’album « Renegades » de Rage Against The Machine et notamment le titre « Renegades of Funk ». Là où RATM cherchait à tout prix à faire du hip-hop avec une formation power trio très rock, As A New Revolt tente de faire du hardcore avec des machines.

C’est un peu le serpent qui se mord la queue, mais après tout c’est dans la juste évolution de la musique actuelle. Zach de la Rocha venait du hip-hop et son flow en était caractéristique, mais il y mêlait un grain et une énergie très rock’n’roll et toutes proportions gardées, Manu fait un peu le chemin inverse venant plutôt du rock, mais se retrouvant lui aussi au milieu du gué dans ses intentions. Il nous délivre une performance de haut niveau jouant autant sur le rythme de son phrasé que sur l’intensité de son chant saturé tout en n’oubliant pas de placer quelques petites lignes légèrement plus mélodiques pour donner du relief à une musique très rythmique.

Le travail sur les voix, les petites pointes de claviers ou de percussions viennent donner à des titres comme « Empire », « Retina », ou « Speechless» un impact immédiat que l’on n’attendait pas forcément ici. Enfin, les paroles se veulent contestataires, dérangeantes, cherchant à ouvrir les yeux des auditeurs en même temps que ses oreilles. Un propos tellement constitutif du hardcore made in US dans les années 80 et 90 que l’on imagine bien l’influence que cela a pu avoir sur l’approche des deux Grenoblois.

 

as a new revolt manu - scene locale grenoble

Manu de As A New Revolt © Guillaume Peyre

On pourrait étendre à l’envie la comparaison et les multiples références, mais là n’est pas le propos. Ce qui fait surtout de cet album une vraie réussite, c’est qu’il est avant tout l’expression personnelle et viscérale de deux musiciens utilisant au mieux tous les outils à leur disposition pour continuer à faire une musique intéressante et dérangeante.

Dans un univers musical aseptisé, où trop souvent vouloir être référencé revient à suivre une mode et à reproduire à l’identique des modèles que tout le monde reprend, où l’utilisation des machines devient un gimmick sans originalité visant surtout à cacher la vacuité de la composition et de l’intention de départ, où une image soignée et réfléchie se confond trop souvent avec du marketing moche à destination des réseaux sociaux et autres influenceurs, As A New Revolt parvient à jouer de ces codes sans tomber dans le panneau.

Et si Henri Rollins (1), Jello Biaffra (2) et Ian MacKaye (3) avaient commencé à faire de la musique en 2018, certainement qu’ils auraient aussi tenter le coup avec ces maudites machines. Sur cette pensée rassurante pour moi … Je me remets un petit coup de « TXRX ».

 

(1) : chanteur de Black Flag

(2) : chanteur des Dead Kennedys

(3) : chanteur et guitariste de Minor Threat et Fugazi

 


 

Écouter l’album « TXRX »

 

 

"TWRX" de As A New Revolt
7.8Note finale
Originalité 7.5
Technique8
Plaisir à écouter8
Avis des lecteurs 7 Avis
7.6
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