J’ai appris la semaine dernière une bien triste nouvelle. Fritz, le bassiste de Minimum Serious, était décédé quelques jours auparavant (le 30 Décembre pour être précis). Pour les petits nouveaux et trop jeunes, Minimum Serious était à la fin des années 90 un des groupes les plus actifs de la scène locale.
 

Auteurs de cinq albums, fondateurs de leur propre label (« On the Ring Rec »), les Minimum Serious avaient été signé sur un label national (« Mercury Rec ») après des séries de concerts sérieux en première partie des Mad Caddies, Sum 41 et autres Lagwagon. Ils avaient pas mal marché après un passage au français dans les textes et avaient même fait quelques concerts Outre – Atlantique.

Je ne connaissais pas personnellement Fritz, seulement de vue mais sans trop savoir pourquoi cette perte m’a particulièrement touchée et émue. Je le croisais parfois à Grenoble et à chaque fois, toute une foule de souvenirs remontaient à la surface. C’était il y a maintenant une bonne quinzaine d’années, mais tout cela me semble toujours aussi proche…

 
minimum serious
 

Le plus vivace et peut être le meilleur souvenir que j’ai de Fritz et de Minimum Serious est sans doutes la première fois que je suis rentré en contact avec le groupe. C’était à l’occasion d’un concert à l’Entrepôt à la fin des années 90 -ou peut être le tout début des années 2000- et  ce soir là jouaient Minimum Serious et Uncommonmenfrommars. Je venais principalement pour ces derniers après avoir entendu un extrait de leur premier EP sur une compile PunkRawk magazine. Minimum Serious assurait la première partie. Le groupe en était alors à ses débuts et je ne les connaissais pas malgré le fait qu’ils étaient Grenoblois.

L’on sentait dans le groupe une naïveté et une fraîcheur qui me les avait tout de suite fait adopter. Je me souviens que ce soir là, Fritz avait cassé une ou deux cordes de sa basse (chose suffisamment inhabituel pour que cela me soit resté en mémoire) et qu’il avait traversé la salle sous les applaudissements de la foule pour aller chercher un nouveau jeu de remplacement. Je me souviens de faux départs sur certains titres, de la fébrilité des musiciens sur scène, d’une ambiance chaotique, joyeuse, où le groupe se faisait gentiment charrier par ses potes dans la foule.

 

 
Je me souviens surtout de Fritz car il avait alors le chant lead, et une attitude qui, derrière les codes de la scène punk californienne de l’époque, respirait la sincérité et l’engagement total dans sa musique. Après leur prestation j’avais été également surpris par ce qui paraissait à mes yeux le signe d’une formation qui avait de l’ambition : ils avaient un album qui sortait ce soir là, des tee-shirts sur leur stand et vendaient des productions venant de toute la scène indé française. Par la suite j’ai commencé à les suivre, et ils ne cessaient de m’impressionner par leur capacité à réaliser des choses que l’on pensait alors impossible pour des petites formations locales. La passion et le refus d’abdiquer ses rêves peuvent être de puissants moteurs et Fritz semblait ne manquer ni de l’un ni de l’autre.

Le label « On the Ring Rec » a marqué durablement la scène rock indé de Grenoble. L’exemplaire de la compil « No peace No war » est toujours en bonne place dans ma bibliothèque et m’a fait découvrir toute une scène locale et française alors émergente mais dont la pérennité des groupes et artistes depuis 15 ans parle d’elle même quant à sa qualité. Minimum Serious a réalisé beaucoup plus que beaucoup d’autres formations issus de la même scène et Fritz y était certainement pour beaucoup.
 

minimum serious - magazine rock one

Apparition dans le magazine Rock-One, 2006.

Je ne le connaissais pas personnellement mais sa musique, son activisme musical, l’exemple qu’il a donné pour d’autres lui donnent une place particulière dans mes souvenirs et expliquent certainement pourquoi sa disparition m’a particulièrement touchée. Je pense bien sûr à tous ceux qu’il laisse derrière lui alors qu’il était encore si jeune, à tout ce qu’il avait certainement encore à réaliser. Il restera dans ma mémoire et dans celle de tous ceux qui l’avait croisé au détour d’un concert, d’un stand de merch, d’un camion de tournée ou même d’une rue.