The French Bastards est un trio grenoblois qui tente de hisser le Jazz, grâce à une énergie rock et une ambiance fortement cinématographique, au rang des musiques actuelles… Rencontre avec Jean-Christophe Prince, pianiste et compositeur du groupe, qui revient ici sur cette ambition la veille de la sortie officielle d’un premier EP, « Late Bloomer », et du concert de sa sortie à l’Ilyade, ce vendredi 3 novembre à Seyssinet-Pariset.

 

A quel moment s’est construit le projet The French Bastards ?

[J.C Prince] En 2015, suite à une rencontre avec Xavier Bray, qui m’avait proposé de collaborer à une espèce de comédie musicale autour de ses compositions, ce qui m’avait flatté puisque j’ai toujours adoré son jeu et sa prestance depuis les Zèbres à Carreaux jusqu’à Nadj en passant par Virago. Puis à force de discuter, mon groupe de fusion funk en sommeil, Stereo H, me manquant, je lui ai proposé un trio avec mes compositions instrumentales, où l’on pourrait à la fois jouer fort et jazz en même temps. On a tout d’abord travaillé avec le contrebassiste jazz Franck Di Gennaro qui, parti rapidement pour d’autres aventures, a été suivi par Guillaume Lannoy, élément désormais complètement soudé des Bastards : bassiste et contrebassiste mais pas que, et d’une culture hyper enrichissante.

 

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On dit que le groupe joue une musique se situant « aux croisements du jazz, du groove et de la musique de film » : qui représente ces influences dans le groupe ? Est-ce que chacun apporte une influence différente ? (Jazz/Rock/Classique)

Le côté jazz, c’est pour la liberté, aussi bien sur le plan de l’écriture du morceau que des passages d’improvisations qui peuvent être réécrits l’instant d’un concert. Xavier et Yaume amènent de plus en plus les compositions dans des univers qui leur plaisent : Xavier a une frappe rock mais une culture ouverte sur les fondamentaux. Il se compromet régulièrement dans un big band d’ailleurs (rires). Quant à Yaume, il est très imprégné du jeu de Carole Kaye, une bassiste des années 70 au son très caractéristique, mais il aime quand ça envoie et ses walking bass sont plus à rapprocher du rockab’ que du bebop. Le classique enfin, c’est la base de mon enseignement pianistique.

 

On parle carrément de « pop cinématique » : quels sont vos influences cinéma ?

J’ai toujours été cinéphage plus que cinéphile. Je suis de la génération K7 VHS et des films du samedi soir, même si j’ai fréquenté assidûment les salles d’arts et d’essai du fait de mon job des années 90. Les films qui ont perduré dans ma mémoire sont étroitement attachés aux compositeurs: Lalo Schifrinn, Badalamenti, Ennio Morricone, Nino Rota, John Williams, Bernard Hermann, Danny Elfmann … En réalisateurs, j’ai été très marqué par les papas ricains des années 70: Scorsese, Coppola, De Palma, Spielberg, Dante, Scott, Cimino, Friedkin… Puis leurs héritiers spirituels et plus fun, comme Sam Raimi, Peter Jackson, Guillermo Del Toro…

 

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Jean-Christophe Prince

 
Il semblerait que tu sois rattaché à plusieurs projets en parallèle de celui-ci : que t’apporte The French Bastards ?

C’est le résultat de toutes mes expériences hybrides, dans lesquelles j’ai puisé assez de confiance pour m’assumer enfin comme pianiste et compositeur avant toute chose. C’est aussi le produit de ma culture totalement schizophrène, avec l’espoir un peu fourbe de fusionner des genres protégés par des gardiens du temple qui font que rien n’avance. Regardez le snobisme dont sont victimes le jazz et la culture classique sur les scènes de musiques actuelles : en partie à cause de ceux qui les empêchent d’entrer mais également à cause de ceux qui continuent de nous les gonfler avec Charlie Parker et de cracher sur Ibrahim Maalouf. C’est pour ça que je pense que des gens comme Neil Cowley, Go-go Penguin, Nils Frahm ou même Aufgang sont dans la bonne direction …

 

Dans quelles conditions a été crée ce premier EP, « Late Bloomer », qui sort demain ?

Comme tous les débuts: dans des conditions drastiques et minimales avec ce qu’il faut de bonne volonté comme celle de Ludo ZeFish, ingénieur du son et régisseur au CV long comme mes deux bras (Lutin Bleu, David Burzstein, Cie Barbarins Fourchus ...). Il a non seulement donné du temps mais a joué son rôle de directeur artistique en un peu plus de 48h pour 7 morceaux. On les avait bien répétés avant, arrêté les structures. Tout ça dans notre local de Voreppe dans un morceau de campagne au pied de la Chartreuse.

On avait déjà maquetté auparavant avec Florent Martin et Philippe Weishard au même endroit mais leur travail a été utilisé pour les 2 titres produits par Stéphane Ronget.

 

the french bastards - late bloomer

 

« Prince Street » est d’ailleurs votre premier clip,  fait par vous-mêmes. Un petit mot sur ce qu’il souhaite transmettre ? Sur ce qu’il reflète de l’identité du trio ?

Il a été construit à partir de souvenirs de New-York filmés en 2011 lors d’un voyage en amoureux. C’est un mélange de déambulation personnelle et des rêveries universelles qu’éveille cette cité, les deux se confondant enfin. Je ne reviendrai pas sur le photogénie des rues filmées des millions de fois dans les films dont on parle plus haut. En outre, la voix de Lilli Cooper et la trompette de Stéphane Ronget, le producteur, ont été enregistrées là bas. Quant au titre, « Prince Street » est une rue de New-York qui existe vraiment. Vu mon nom, c’est d’une totale mégalomanie, j’avoue. C’est un morceau fait entre deux rives, signé chez Brooklyn Butterfly Sound ainsi qu’un autre, Gator Tails : ils nous ont permis de collaborer virtuellement avec la grosse pompe.

 

Quelles sont vos ambitions pour la suite désormais ?

Un album digne de ce nom pour la rentrée 2018 et une tournée qui nous ferait sortir un peu de France, pour le moyen terme.

A court terme, j’aimerais vraiment que le trio soit pris sur des scènes de musiques actuelles, question de montrer à un public dubitatif que l’esprit jazz, ce n’est pas nécessairement un public assis qui attend le solo.

 

Un titre phare de l’EP que vous chérissez ? 

« Le Dossier Prokofief », qui est un vrai mille feuilles musical: jazz, rock, hip hop, groove… Il est à la fois martelant et délicat. C’est un peu le morceau démo, pas pour montrer ce qu’on sait faire mais plutôt ce qu’on peut dire et comment on peut le dire. Généreusement.