Alerte générale, il semblerait que le rock ait été nourri après minuit, trempé dans l’eau croupie et, tel le Mogwai du film, se soit répliqué et transformé en de multiples rejetons tous plus infâmes les uns que les autres. Parmi ceux-ci, un jeune groupe Grenoblois se distingue. Son nom : Synapses. S’il n’a pas encore la bave aux lèvres, son premier EP « A l’aube d’une ère » mélange dangereusement les genres entre la dubstep, le metalcore et l’électro… Il semblerait que certains n’aient pas respecté toutes les règles du jeu… A écouter à vos risques et périls !

 

Première impression, Synapses mise sur la qualité de son travail à tous les niveaux pour convaincre. L’art work est ultra calibré et de qualité – et pour un groupe qui tape plutôt dans une musique « extrême », pas trop cliché moche et noir. C’est sobre, évocateur et ça respire le sérieux. La production est elle aussi plutôt qualitative avec un son qui vous met une grosse baffe dès le départ. On comprend très vite que le groupe a de solides bases dans le deathcore et l’emocore, et ça s’entend. Les codes classiques du genre ne manquent pas : arythmies marquées entre la grosse caisse et le basse-guitare, rythmiques qui prennent souvent l’ascendant sur les aspects plus mélodiques tout en plaçant stratégiquement quelques petites accroches habilement troussées. C’est efficace sans être original : on sent une grosse influence de groupes comme Betraying the Martyr, Meshuggah ou encore les premiers Architects.

 

Les gars connaissent leur affaire et n’ont aucun problème à émuler leurs aînés avec une certaine rage et beaucoup d’efficacité. Les interventions plus électros permettent tour à tour de renforcer les aspects plus violents ou au contraire amener des contre-points plus froids. Le titre éponyme calme malgré tout le jeu mettant en avant des ambiances plus sobres. Les arpèges se font plus aériens et mélancoliques rappelant la veine dépressive empruntée par un groupe comme Being as an Ocean, le chant clair et mélodique en moins. C’est un contre point salvateur au milieu du déchaînement pyrotechnique précédent, le chant en français se fait plus audible et apporte un plus sans tomber dans le larmoyant et le convenu, ce qui n’était pas gagné d’avance.

 

D’ailleurs ce choix de s’exprimer en Français est bien, d’autant plus que l’écriture n’est pas caricaturale et que le chant très growlé laisse souvent des mots ou des phrases en suspens, créant des ellipses plutôt évocatrices. Autre particularité du combo grenoblois emprunté à la scène électro : celle de proposer des versions remixées de leurs 4 titres par des artistes locaux, donnant l’occasion d’écouter des mixs beaucoup plus axés électro tout en mettant en avant des genres différents et une scène locale émergente plutôt active.

 

On se retrouve donc avec au final un 8 titres plus consistant, une variété de genres assez remarquable même si cette diversité pourra parfois en dérouter certains. Le groupe se place dans un entre-deux métal / électro qui sent l’ouverture d’esprit et une volonté de ne pas se laisser enfermer dans des cases trop étriquées qui fait plutôt plaisir à entendre.

Au final, c’est un produit assez abouti que le combo Grenoblois a sorti, marquant par la même son intention de griller les étapes et de compter, dans un genre certes de niche, mais qui a son public. Tout a été pensé dans ce sens, la structure From Tape record fondée par le groupe ainsi que tout l’attirail promo est à l’image de la production même de l’EP très sérieuse et pro. Certains diront même que cela manque un peu de spontanéité et qu’un peu de DIY crade ne fait pas de mal, mais après tout, quand on peut s’éviter le clip dégueulasse tourné au téléphone portable et les concerts dans des squatts où le virus ébola semble faire parti de l’orga, pourquoi s’en priver.

 

A n’en pas douter Synapses est le fer de lance d’une nouvelle scène métal-électro locale qui s’inscrit parfaitement dans l’évolution incontrôlable du genre métal en sous-sous genre plus pointus les uns que les autres. Si certains vieux briscards adeptes de la veste à patch passeront leur chemin, d’autres se laisseront amadouer et y étancheront avec délectation leur soif de violence musicale et de sensations nouvelles, tout en restant encore pour quelques temps fréquentables aux yeux des plus jeunes de leur entourage.

 

"A l'aube d'une ère" de Synapses : entre deux mondes le courant passe
7Note finale
Originalité 6
Technique 8
Plaisir à écouter 7
Avis des lecteurs 12 Avis
5.4